‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 138 sur 164 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

que dans une maison où on lui a amené une voiture qui l'a reconduit chez lui. Les officiers ont été obligés de faire battre le tambour pour lui ouvrir un passage. Grâce à ses paroles, toutes les inimitiés sont tombées et les deux troupes fraternisent en ce moment. »

Sur l'avis du maireduXIParrondissement, M. Pinel- Granchamp, que les 300 Montagnards , fortifiés dans leur caserne, rue Saint-Victor, furieux, menaçants, ourdissaient un coup de désespoir, la Commission lui avait donné la difficile mission de faire occuper cette caserne par un détachement de sa légion. Après de longues et infructueuses négociations, l'heureuse intervention des élèves de l'Ecole polytechnique et du délégué de M. Caussidière, M. Crevât, parvint à apaiser les colères, à pacifier les esprits : les Montagnards se décidèrent à abandonner la caserne à la garde nationale; et , le lendemain, retour des choses de ce inonde! dans une adresse justificative, ils protestaient de leur respect pour l'Assemblée et de leur dévouement à la République.

Les généraux Bedeau et Clément Thomas se concertèrent avec M. Caussidière pour la substitution de la garde nationale à la garde républicaine dans la préfecture de police. Il fut convenu que, l'une et l'autre, de commun accord et de bonne harmonie, y passeraient la nuit ; et qu'afln d'éviter toute cause d'irritation et tout froissement d'amour-propre, la garde républicaine serait simplement relevée le lendemain matin par la garde nationale.

Le général Bedeau vint informer la Commission

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executive de ces conventions heureusement conclues, et demanda s'il ne devait pas donner Tordre de la retraite aux bataillons qui bloquaient la préfecture. La Commission executive refusa. Un incident malencon treux, inattendu, pouvait surgir. M. Caussidière, de son aveu, n'élait pas maître des siens. Après une prudence si persévérante, au moment de réussir, il ne fallait point, par trop de hâte, compromettre un dénouement assuré.

Les bataillons restèrent donc patiemment à leur poste ; et le lendemain, à 5 heures du matin, la garde républicaine fut relevée par la garde nationale.

M. Caussidière adressa simultanément, à la Commission executive sa démission de préfet, à l'Assemblée sa démission de représentant.

La Commission exécutive fit connaître par un message à l'Assemblée nationale la prise de possession de la préfecture.

Un arrêté de la Commission exécutive ordonna la réorganisation d'une garde républicaine parisienne, de 2000 hommes d'infanterie et de 600 hommes de cavalerie, placée dans les attributions du ministre de l'intérieur et sous les ordres directs du préfet de police. Il fut dit que les hommes provenant des corps licenciés, Montagnards, Lyonnais et autres, pourraient être versés de préférence dans cette nouvelle garde.

Improvisée sur les barricades de février, cette force s'était trouvée composée de tous les éléments, bons ou mauvais, formant les contrastes les plus disparates. A côté des citoyens les plus dévoués, les plus honnêtes,

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les plus probes, de cette population . ouvrière qui, en blouse, gardait les trésors de la Banque, veillait, malgré l'incitation de toutes les misères, de la faim, de la soif, sur les diamants de la couronne, et fusillait les voleurs dans la cour des Tuileries, s'étaient glissés des gens mal famés. Dans une épuration habilement faite par M. Crevât, qui en avait reçu mission du préfet, 91 repris de justice en avaient élé élagués, sans conflit. « Leur tort, » dit M. Caussidière, « fut d'avoir introduit, au bout d'un certain temps, des hommes tarés de toutes les polices; c'est alors qu'on leur souflla de mauvais desseins et l'esprit de turbulence. »

Pour compléter les mesures de prudence, la surveillance du donjon de Vincennes fut sévèrement réglée el l'on y transporta, la nuit, les personnes arrêtées et conduites à l'Hôtel-de-Ville et au Luxembourg.

L'œuvre de pacification était achevée dans Paris. Elle ne l'était pas dans l'Assemblée. Héritière des traditions du Gouvernement provisoire, la Commission exécutive avait heureusement triomphé des clubs armés, sans combat; elle avait à surmonter les obstacles préparés par les députés hostiles à la République. Elle avait dominé, subjugué l'anarchie ; elle avait debout devant ele la réaction.

Le Conseil des ministres rassemblé, chacun d'eux fut appelé à présenter des projets de loi qui, sous l'initiative du Gouvernement, pussent féconder les

institutions républicaines, donner l'impulsion aux études parlementaires et progressives et satisfaire aux nécessités présentes.

La difficile et intéressante question du travail tenait toujours en éveil la prévoyante sollicitude du Gouvernement. Le ministre des travaux publics apporta des projets de canalisation et une demande de crédit pour les Ateliers nationaux.

Le ministre des finances remit le projet, longuement élaboré, du racbat des cbemins de fer par l'Etat, afin de donner aux ouvriers des Ateliers nationaux des travaux sérieux et productifs.

Le ministre du commerce présenta un projet de loi sur l'institution si conciliante des prud'hommes.

Le ministre de la justice fut chargé de déposer, sur le bureau de la Chambre, un projet qui dispensait les membres de la Commission exéculive de la présence obligatoire dans l'Assemblée, et qui, dans le but de rétablir l'unité du commandement, leur réservait la direction des forces publiques au dehors du palais des représentants

Le ministre de l'intérieur eut à déposer également un double projet de loi, qui prohibait toutes réunions et associations armées et étendait à Louis-Philippe et à sa famille l'interdiction du territoire français, prononcée contre la branche aînée des Bourbons par la loi du 10 avril 183*2. « Ce double projet, >• dit l'exposé des motifs, « a pour but de mettre le pouvoir en demeure de défendre la société contre tous les insensés qui veulent le renversement de la République. Les uns l'attaquent

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