CHAPITRE HUITIEME
nous ne le sommes pas moins, au nom du peuple armé, à repousser toute pensée réactionnaire et tout retour vers le passé. (Oui ! oui ! Vive la République !) »
Cette adresse * , expression sincère des sentiments de la garde nationale, fit une profonde sensation. Après les douleurs du 15 mai et les orages des dernières séances, elle posait une ligne de démarcation, mettait à jour la véritable opinion de Paris, donnait un enseignement et servait de prologue à la discussion sur la proclamation au peuple français.
M. Bérard annonça tout d'abord le retranchement de la phrase qui avait jeté la discorde dans l'Assemblée. Puis, à tout le paragraphe on en substitua un, présenté par M. de Montrée il au nom de plusieurs de ses collègues, qui, traduisant une pensée tout opposée, associait dans une confiance commune l'Assemblée et la Commission exécutive :
a Citoyens, ayez confiance dans la volonté énergique de l'Assemblée nationale et du Pouvoir exécutif. La justice, dans son action ferme, mais régulière, atteindra tous les coupables ; elle démasquera les faux amis du
1 Signé : llinyray, colonel de la 2' légion ; Hamond de la (roixette, de la 4*; Bourdon, de la 8*; E. Qumet, de la II*; Thirion, <\c la 3* ; Cosnnrd, «le la I" de la banlieue ; Dauphin, de la 7* ; général Piaf, de la V de la banlieue; Michel, lieutenant-colonel de l'artillerie ; Farrel, colonel de la y ; oV Tracy, île la 1"; Forestier, de la 0'; Laugier, chef de bataillon, commandant la 12* légion ; Dollfut , lieutenant-colonel, commandant la 13* légion (cavalerie); Bouillon, lieutenant-colonel de la 2*; Hovyn, de la 3'; Ledou.r, de la 3" delà banlieue; Clary, t\c la I"; Paxcal. de la 11*; Lehatard, de la V.Percier de la 1" de la banlieue; F. Michel, île la 2", banlieue; l.amy, de la 4», banlieue; Poirier, de h 4' légion ; Montanon aîné, de la 9»; P**m. de la 1' ; Timothêe de Hay, delà 10».
m COMMISSION EXECUTIVE
peuple , qui trompent ses instincts magnanimes cl n'exploitent ses passions généreuses que pour arriver au despotisme par l'anarchie. Le droit de pétition, le droit d'association, droits sacrés, ne peuvent être impunément tournés contre la liberté. Il faut que vos représentants, dans la plénitude de la puissance qu'ils tiennent de vous, remplissent librement leur mission et organisent, sur la double base du droit et du devoir, une République démocratique, qui devienne l'exemple et l'honneur du monde entier! » (Bravo! bravo! très-
bien!)
Ainsi modifiée à l'unanimité, la proclamation fut votée. La réclamation d'un seul représentant souleva les sourires et constata l'adhésion générale.
Dans la même séance, M. Vivien présenta une addition au règlement pour la présentation des projets de loi du Gouvernement, conforme aux désirs du Pouvoir exécutif; elle fut acceptée avec le même ensemble.
Les causes de conflit entre l'Assemblée et le Gouvernement avaient disparu. On ne songea plus qu'à la fête de La Concorde, qui, préparée par le Gouvernement provisoire pour mettre en présence et en sympathie la représentation nationale et la population de Paris, devait, avoir lieu le surlendemain. L'Assemblée chargea son bureau d'en régler les détails de commun accord avec le Gouvernement.
HHAI'ITKE HUTIEWK.
Le deuil du 15 mai ne devait être porte que par les républicains sincères. Pourquoi les hommes qui préféraient la forme monarchique, absolue ou constitutionnelle, se seraient-ils affligés? Ils ne pouvaient que se réjouir. N'ayant accepté la forme républicaine que comme une nécessité et un refuge, ils espéraient bien la voir s'évanouir ainsi qu'un météore dans l'espace. Adversaires du suffrage universel, traitant la souveraineté du peuple d'illusion ou de moyen, proclamant l'impuissance de la multitude à rien fonder de stable, ils s'étaient complus au criminel spectacle d'une foule en délire et foulant aux pieds son propre principe. Quelle confirmation de leurs assertions ! Quelle justification de leur préférence et de leur antipathie! Quels arguments victorieux contre le gouvernement démocratique. Encore une journée semblable, et ils triomphaient de la Républiqueet du suffrage universel ! Aussi verra- t-on les plus ardents, ostensiblement ou secrètement, provoquer le peuple dans cette voie fatale et suivre cette tactique, vieille mais toujours usitée, dénoncée par le paragraphe de la proclamation : pousser à l'anarchie pour arriver au despotisme.
Quant aux républicains sincères, ils étaient désespérés. Posséder la République et voir une partie du peuple de Paris, entraînée par des idées généreuses et par un surcroit de vie, égarée par des sophismes, des principes exagérés et des théories inapplicables, la voir
fournir des armes aux adversaires, prêter l'oreille à de periides conseils, méconnaître ses véritables amis, leur dévouement et leurs sages avis, détruire son œuvre, noyer la Révolution sous les excès, se suicider dans sa propre souveraineté !
Pour contempler de plus près le 15 mai, interrogeons ses fauteurs mêmes et ceux-là qui, sans le vouloir ou le voulant, se trouvèrent portés sur les listes du gouvernement improvisé. L'histoire doit écouter leurs témoignages. Puissent-ils, en faisant jaillir la lumière sur les fautes du passé, épargner au peuple de semblables fautes dans l'avenir!
M. Considérant, à la tribune : oc Depuis que je m'occupe de répandre des idées de paix, de fraternité, d'union et d'harmonie, depuis vingt ans, dans ma vie de publiciste, j'ai continuellement combattu l'esprit de faction. J'ajoute que hier, pendant les saturnales qui se passaient ici et quand, tous calmes et impassibles, nous étions à nos places, le poste de notre devoir, un des citovens égarés est venu à moi et m'a dit : Nous voulons vous porter au Gouvernement provisoire. .ïe me suis contenté de lui répondre ces mois : Ëles-vous fou? Pour qui me prenez vous? Mon devoir, plutôt que d'accepter une semblable proposition , serait de me faire égorger à ma place. (Approbation générale.) »
M. Flocon, interpellé, succède à M. Considérant : « Il est vrai : des noms appartenant au Gouvernement