CHAPITRE HUITIEME
tribune et qui prononce la dissolution de l'Assemblée. J'étais altéré. On faisait une sottise énorme, dont je pressentais toutes les conséquences, sottise qui allait laisser une trace profonde dans l'histoire de 1848 ; et moi, qui possède assez généralement mon sang-froid, je tournai mes regards vers la pendule, il était quatre heures un quart, et je me dis: voilà une grande bêtise qui se fait en ce moment. »
Après avoir cherché à prouver par l'exposé des faits que la colonne ne voulait pas briser l'Assemblée, M. Blanqui ajoute: a Si nous avions voulu renverser, nous perdions notre temps de la manière la plus stupide... Evidemment, nous ne le voulions pas, quand une voix insensée est venue proclamer la dissolution.
« Nous n'avons pas voulu renverser l'Assemblée. Savez-vous pourquoi cette idée ne nous était pas venue f Parce qu'elle était contraire à nos principes et qu'un tel acte serait resté comme une tache dont jamais nous ne nous serions lavés. Il nous serait resté comme un reproche toujours présent à notre pensée. Nous aurions eu cela dans notre passé, nous n'aurions jamais pu nous en laver, et des hommes politiques, qui auraient commis une faute semblable, l'auraient toujours eue comme un boulet attaché à leurs pieds, dont ils n'auraient jamais pu se défaire.
« Il y avait une autre idée encore. Je connaissais bien le peuple, et je savais bien que, si dans un jour de chaleur, à la suite d'émotions successives, une portion de la classe ouvrière pouvait se laisser entraîner à un attentat de ce genre, ce n'était pas Paris, ce n'était pas
le peuple tout entier. Je savais bien que la masse n'avait pas l'intention de renverser l'Assemblée ; je savais bien que, si on tentait de renverser le Gouvernement et que l'on y réussît, on se serait bien vite trouvé en présence de la population ouvrière tout entière qui aurait dit : Nous ne voulons pas cela, on ne jette pas une Assemblée par les fenêtres, et quelques factieux, — comme on nous appelle — ne peuvent pas dire comme le cardinal de Richelieu : je fauche- et je couvre tout de ma robe rouge. La France entière indignée, la grande majorité de Paris ne l'eût pas goûté ; nous aurions soulevé contre nous une opposition presque générale, et peut-être qu'au bout de deux ou trois jours ce Gouvernement de contrebande et de surprise, que nous aurious ainsi établi, aurait été culbuté de la manière la plus ignomineuse.
M. Raspail : « Le crime de l'Assemblée nationale violée a été un crime, plus qu'un crime, une faute irréparable, qui nous a mis dans une position de laquelle nous ne nous tirerons qu'avec difficulté. C'est une faute qui a semé la haine entre les différentes classes de la population.
« C'est Huber qui a prononcé la dissolution, acte qui n'est pas moins ridicule que déplorable. C'est lui qui a compromis les intérêts de notre sainte cause »
A ces citations, je n'ajouterai pas les affirmations de principes de Huber, aussi audacieusement reniées par lui-même. Les assertions d'un tel homme ne fournissent aucune preuve à l'histoire.