‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 148 sur 164 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

contre efforts, complots contre complots, insurrections contre insurrections. De quoi se plaignent-ils? »

L'un des hommes les plus éminents et les plus influents du parti constitutionnel me faisait cet aveu : « J'ai tourné la paga du Gouvernement provisoire, j'ai tourné la page de la Commission executive, pour parvenir à l'idéal qui doit, suivant moi, assurer le bonheur du pays. x> Il ne niait pas alors sa participation aux tentatives contre la République.

Combien, habitués aux conspirations, conspiraient encore, exaltant la Révolution dont ils se faisaient un marchepied, organisant des associations publiques et secrètes, entassant les moyens, créant des journaux, des correspondances, posant les bases de leur édifice en sapant celles de la République.

Et cependant tous reconnaissaient que la République est le gouvernement de tous partons; ils y trouvaient une place à leur activité, et ils se la faisaient large, mais encore insuffisante à leurs désirs. Leur ambition rêvait un plus vaste avenir.

La féte de la Concorde parut amener une trêve momentanée. Après les convulsions des derniers jours, la population avait besoin de se reconnaître, d'épancher ses véritables sentiments, de protester contre la dis corde, de rétablir l'harmonie, d'opposer à la manifestation de quelques meneurs la manifestation, immense, solennelle, de tous les citoyens, fraternisant, échan-

géant leur commun amour de la liberté, de l'ordre et de la justice.

Je crois devoir en emprunter le récit aux seuls journaux indifférents ou hostiles à la République.

« Cette fête, » dit La Patine, « tant de fois remise a eu lieu hier avec un grand éclat. Le ciel était magnifique. Quelques nuages ont pu faire craindre un instant que la pluie ne vint troubler la solennité, mais ils se sont dissipés peu à peu, et douze cent mille curieux ont pu jouir du beau spectacle, si longtemps attendu, et auquel assistaient tout Paris et de nombreux délégués des départements.

« A six heures du matin, le rappel battait, et à huit heures la garde nationale était en marche sur les boulevards et les quais, depuis la Bastille jusqu'à la place de la Concorde.

« A huit heures un quart, la Commission executive du Gouvernement a été reçue par les membres de l'Assemblée nationale sur le péristyle du Palais législatif, et le cortège s'est mis en marche pour le Champ de Mars, où plus de cent mille spectateurs étaient déjà rassemblés : les buttes de Chaillot et de Passy étaient également couvertes de curieux. Une batterie d'artillerie, placée au haut des rampes de Chaillot, a tiré des coups de canon de cinq minutes en cinq minutes depuis la mise en marche du cortège.

« Presque tous les représentants ont assisté à cette féte, donnée en l'honneur de l'Assemblée nationale et qui avait quelque chose de touchant après la tentative du 1 5 mai.

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« Les représentants ne portaient que les rubans avec les faisceaux et les franges d'or. La plupart étaient sans écharpe.

« A neuf heures et demie, les membres de l'Assemblée prenaient place sur l'estrade disposée pour les recevoir devant l'École militaire. Des dames en toilette élégante s'y trouvaient déjà en grand nombre.

« Le peuple borde la vaste étendue du Champ de Mars et bat des mains à l'arrivée du cortège, en criant : Vive la République! Vive l'Assemblée nationale !

a Les préparatifs n'étaient pas terminés. Le terrain n'était pas déblayé et les ouvriers travaillaient encore à mesure que la cérémonie s'accomplissait.

« Voici comment étaient disposées les décorations.

« En passant du pont d'Iéna vers l'Ecole militaire, on voyait :

« Quatre grands mats avec oriflammes ;

« A l'entrée du Champ de Mars, deux pyramides triangulaires, pavoisées, assises sur de larges bases circulaires, ayant chacune à son pied trois statues colossales et allégoriques, assises. Sur les faces des pyramides, on lisait le nom des villes de la France et des pays amis.

« Deux autres statues représentaient l'agriculture et l'industrie.

« Toutàl'entourdu ChampdeMars, quarante grands mâts, avec oriflammes tricolores et des trophées en verres de couleurs pour l'illumination du soir.

« En deçà des mats, de chaque côté, un rang de candélabres vénitiens, pour l'illumination.

« Seize pavillons très-ornementés, couronnés de trépieds antiques. Ces pavillons recevaient les produits de chaque industrie. De chaque côté des pavillons étaient des tables pour les banquets des corporations.

« Au milieu était placée la colossale statue de la République, coiffée du bonnet phrygien, la main appuyée sur l'autel de la Patrie et la droite tenant une couronne et un glaive. Cette statue est de M. Glésinger.

« En face de l'Amphithéâtre, s'élèvent doux statues colossales. L'une représente l'armée de terre; l'autre, l'armée de mer.

« La pyramide qui est à gauche, en entrant dans le Champ de Mars, a à sa base trois statues : l'Allemagne, appuyée sur sa Lyre ; l'Italie, tenant l'épée d'une main, la tiare de l'autre ; et la France, ayant à ses pieds le coq gaulois, la main sur une table de pierre où sont écrits ces mots : Abolition de la peitie de mort ; suffrage universel ; liberté de la presse.

« Autour de la pyramide de droite, on remarque les statues de la liberté, de l'égalité, de la fraternité : la première, avec une massue et des fers brisés; la seconde, tenant le niveau.

« Au-dessus de la liberté, on lit ces mots : la liberté consacre la justice pour règle, les droits d' autrui pour borne, la nature pour principe et la loi pour sauvegarde ;

« Au-dessus de l'égalité : la nature règne, la loi gouverne. La loi est le niveau rigide de légalité. Le peuple est le souverain y les mandataires administrent .

« Au-dessus de la fraternité . Unis$e%-vous les uns les

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