CHAPITRE PREMIER
proposition du décret, dangereuse, inopportune, pleine d'embarras et de périls. » (Non! non! si! si! très-bien !)
<r Confier à l'Assemblée la nomination directe et par conséquent la révocation du ministère qui doit fonctionner sous ses ordres, faire disparaître le pouvoir intermédiaire, qui, dans toutes les sociétés civilisées, chez tous les peuples, s'est constamment placé entre l'autorité constituante législative et l'autorité administrative, telle est la question !
« Un premier point sur lequel on est d'accord , c'est qu'il faut que le pouvoir qui sortira des délibérations de l'Assemblée soit énergique , fort et suffisamment armé, pour être toujours prêt à exécuter la volonté nationale avec rapidité , avec sécurité. (Oui ! oui!)... Il faut qu'il soit condensé entre un petit nombre de mains, afin qu'il puisse incessamment s'exercer sur les masses avec maturité sans doute, mais avec la rapidité et le secret de l'action. (C'est vrai ! c'est vrai !)
a On reconnaît en principe qu'une assemblée délibérante est impuissante à faire des choix ministériels, et comment un scrutin sorti d'une assemblée, à son berceau, à son quatrième jour, de neuf cents membres qui s'ignorent, produirait-il une nomination autre qu'une nomination de hasard, qui oblige à vivre ensemble des personnalités tout à fait incompatibles? »
M. Jules Favre passe en revue les embarras qui, pour l'Assemblée, ressorti raient de la nécessité de
destituer tel ou tel ministre; les inconvénients, les périls de ces révocations. Son argumentation soulève de fréquentes interruptions; par un brillant mouvement oratoire, il s'en saisit comme preuve de ses assertions.
Il cite l'exemple de la Convention, qui nommait son ministère, installait près de chaque ministre une commission choisie par elle. Au bout de quatre mois les commissions étaient désertes et le Comité de salut public devenait une nécessité.
Il montre combien cette énervation du pouvoir peut être prochainement fatale , à la veille de deux immenses difficultés prêtes à surgir : l'affranchissement de l'Italie et l'émeute.
Craignant que l'Assemblée ait l'air de faire d'une question de personne une question de parti, il s'écrie en terminant :
a Quant à moi , ce n'est pas au nom de l'amitié, c'est au nom du repos de mon pays, c'est au nom des principes, de la révolution, que je vous conjure de ne pas vous faire illusion sur la gravité de la situation, de constituer un pouvoir énergique, et de ne pas semer, dans votre scrutin, la défiance et la peur, car vous recueilleriez l'anarchie et les tempêtes. » (Applaudissements sur plusieurs bancs.)
Encore tout impressionnée par ces éloquentes paroles, l'Assemblée voit Lacordaire monter à la tribune. L'intérêt et l'émotion s'en accroissent.
Il votera et signera la proposition du citoyen Dornès: « Pourquoi cela? c'est qu'au fond, bien que