CHAPITRE NEUVIÈME. 3fi
cune proscription, aucune persécution, aucune spoliation ! Les prisons sont vides de détenus politiques. Dans ce plein épanouissement de la liberté, chacun à sa place, son droit, son devoir, sa parcelle de souveraineté. Le soleil luit pour tous.
Au dehors, jamais l'influence de la France n'a été aussi grande. Elle n'est pas imposée par la force; elle est moralement reconnue, acceptée. Le programme de la France, qui est celui du progrès et de la justice, est adopté par tous les peuples. Son drapeau tricolore est arboré dans toutes les capitales comme dans les moindres hameaux, non comme signe douloureux- de la défaite, mais comme symbole glorieux de la régénération. Son chant est répété par tous les échos. Ses lumières se propagent et trouvent partout des reflets. Les nationalités, à la voix puissante de ses révolutions, se réveillent dans leurs tombes et sortent de leur poussière. La France tend la main à tous les opprimés, et attend leur première invocation pour voler à leur secours.
Pourquoi donc des trames, de9 complots, des soulèvements, des insurrections, contre le Gouvernement de tous par tous ?
Pourquoi ces assauts continus, en bas, en haut, de toutes parts, secrets, publics, dans l'Assemblée, hors
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de l'Assemblée, contre l'Assemblée, contre la Commission executive qu'un simple vote a formée, qu'un simple vote peut révoquer?
Que veulent les députés et les journaux qui prétendent être les organes des idées conservatrices? Que veulent les clubistes qui prétendent être les organes des idées progressives ?
Des deux côtés aucune formule ne sort de leurs discussions ! Que demandent-ils qu'ils ne possèdent ? Que réclament-ils qu'ils ne puissent faire?
Les premiers cherchent à renverser le Gouvernement qu'ils ont élu la veUle; les derniers à renverser une Assemblée que le peuple vient d'élever.
La fête de la Concorde a-t-elle apaisé, réconcilié les esprits? Cette solennelle fraternité n'est-elle qu'une apparence, qu'une illusion? Ce grand peuple, qui n'est plus possédé, qui se possède, pourra-t-il se suffire à lui-même et se gouverner par ses élus?
Hélas! le passé a laissé ses traces profondes; et le sillon nouveau n'a pu encore les effacer. La terre est encore couverte des débris de tous les pouvoirs tombés. La semence ne peut croître à travers ces décombres.
Après trois révolutions, la souveraineté du droit divin et l'aristocratie de la naissance ont laissé des héritiers, qui, possédant encore avec leurs antiques blasons, d'immenses richesses territoriales, rêvent le retour de leurs privilèges, de leur puissance.
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La souveraineté révolutionnaire a exercé sa terrible dictature comme une vengeance et une nécessité de salut public; elle a voulu engloutir, anéantir le vieux monde, et elle a passé son niveau sur toutes les têtes. Klle a légué ses traditions; et son exemple est évoque par les uns comme une épouvante et par les autres comme l'arche sainte, comme l'œuvre de la régénération.
La souveraineté de la force a buriné son nom dans l'airain. Née et tombée sur les champs de bataille, au milieu de la mitraille et du carnage, ses victoires et ses défaites ont gravé des souvenirs et laissé les marques sanglantes mais vivantes de son passage. ■
La souveraineté du suffrage restreint, issue de la Révolution de Juillet, a voulu se soutenir par les intérêts et s'est affaissée dans son égoïsme, laissant après elle un brillant état-major, mais peu de soldats, des affections dans la bourgeoisie et l'administration, mais nulle racine dans le peuple.
Aux partisans de ces régimes sont venus se joindre les théoriciens de l'avenir, aspirant à l'inconnu et voulant en un jour la récolte de leurs idées.
Toutes ces sectes, tous ces débris vivants se précipitent dans la lice, se heurtent, se poussent ; la Republique, ce domaine de tous, leur semble une proie réservée à leurs appétits.
La succession est ouverte. Chacun veut avoir, non
sa juste part, — la République la donne égale et ne la refuse à personne, — mais la part des autres.
I^es ambitions s'entrecroisent, les convoitises se dévorent, les passions s'enivrent comme à une curée. République de Février n'est plus un refuge, c'est une arène où chacun va s'enlr'égorger.
L'Assemblée nationale constituante n'a été fermée a aucune opinion, à aucun parti, à aucune illustration, à aucune fraction de la société. Savant, avocat, médecin, prêtre, commerçant, militaire, marin, nègre, professeur, industriel, ouvrier, littérateur, cultivateur, magistrat, etc., y ont trouvé place, et peuvent s'y faire entendre. La tribune est à tous. Jamais champ plus vaste et plus libre n'a été ouvert à la semence des idées.
Pour quoi donc ces agitations, ces fièvres, ces délires, ces assauts perpétuels à sa propre souveraineté?
Les partisans des anciennes dynasties n'ont-ils pas le droit d'intervenir dans les destinées de la France 1 Les socialistes ne peuvent-ils prêcher, enseigner, propager leurs théories? Les uns et les autres ne peuvent-ils cherchera conquérir la majorité, pacifiquement, légalement, par la parole, par la presse, parla raison?
Pourquoi donc, les uns à l'intérieur, les autres à l'extérieur de l'Assemblée, minent-ils ce gouvernement qui donne satisfaction à tous les partis, sans donner la prééminence à aucun?