CHAPITRE PREMIER
instituez des commissions qui font des ministres et qui ne font pas des actes. Vous êtes dans le faux.
« S'il s'agit de récompenser des services, quelle idée se fait-on de la sainteté du pouvoir, de l'offrir comme une récompense, comme une dette acquittée ? (Mouvement.)
a Oh ! sans doute, acquittez votre dette en honneur, en considération, en estime, mais ne l'acquittez pas aux dépens de l'ordre puhlic, de la liberté, de la bonne organisation de notre pouvoir. » (Très-bien ! très-bien !)
Après ce remarquable discours, les conclusions du rapport paraissaient avoir conquis la majorité.
M. Lamartine le comprend. Il s'élance à la tribune. Cette apparition produit une immense sensation. Sa position personnelle et son talent vont peut-être modifier la tendance de l'Assemblée.
Il énumère les inconvénients, les impossibilités radicales d'un gouvernement immédiat, continu, par la voix, par la main de neuf cents hommes. Après en avoir démontré le péril, à l'extérieur en face de l'Europe, à l'intérieur en face des mesures de salut public à prendre, il s'élève à de hautes considérations politiques sur les réussites de la conciliation :
a Je ne crains pas les partis. Les partis sont vaincus à partir du jour où vous avez paru dans cette enceinte devant la nation tout entière évoquée des profondeurs de l'élection universelle, apportant, avec tous les droits, toutes les forces...
« Tous les droits, souvenez-vous-en, donnent
toutes les forces. Quand vous laissez, en dehors du gouvernement, des droits, des souffrances, des exigences légitimes, tremblez alors! (très-bien! trèsbien !) Ce n'est pas ici votre situation et c'est là ce qui me rassure complètement sur ces dangers dont on vous parlait tout à l'heure, et que vous ne devez plus craindre du jour où vous êtes appuyés ici, non pas sur la force d'une oligarchie, mais sur la force, sur le droit, sur l'intérêt de trente-six millions d'hommes, qui se résument en vous, qui sont vivants, puissants, protégeant et protégés dans vos personnes. (Applaudissements) »
Il énonce les immenses avantages d'une commission exécutive, et il applaudit à la parole de l'illustre Lacordaire :
« Je reconnais là le véritable langage de la politique, car le sentiment politique et le sentiment religieux se confondent dans cette justice, dans cette sagesse, dans cette modération qui, au lieu d'établir la guerre intestine à l'origine des institutions, y établit la concorde, le concours volontaire, la confiance et la paix.
a Et moi aussi, cette pensée m'a toujours animé; et moi aussi, je me suis demandé si le choix de l'Assemblée tombait par hasard sur quelques-uns des membres du Gouvernement provisoire qui sont redescendus au rang de citoyen, sur quelques-uns de ces ministres qui, dans la portée de leurs attributions et dans la mesure de leurs forces, ont tâché de servir, chacun selon ses vues, les vrais intérêts de leur pays •