CHAPITRE PREMIER
MM. Barbès, Gaussidière, Xavier Durrieu, Étienne et Emmanuel Arago étaient montés au sommet de l'extrême gauche. Les membres du Gouvernement provisoire siégeaient sur les deux premiers bancs à gauche. Plus loin étaient MM. Napoléon et Pierre Bonaparte. Revêtu de la robe blanche du dominicain, M. Lacordaire se faisait distinguer autant par son costume que par sa réputation. Des prêtres, des évêques en vêtements de. ville, un cultivateur breton dans sa longue veste , deux nègres complétaient l'intéressante variété de ce spectacle
L'aspect de l'Assemblée était imposant; les journaux hostiles à la République le constatent euxmêmes. VUnion est irrésistiblement entraînée et s'écrie : « Ce n'est plus cette Chambre incolore et maussade des précédentes années. Ce ne sont plus ces physionomies ternes et froides d'une majorité toute dessinée à l'avance, tonte résolue dans sa marche et dans son attitude. C'est tout un autre cadre. C'est un tableau qui ne ressemble en rien aux tableaux du passé, car la jeunesse et la vie éclatent partout. On comprend déjà que les hommes de l'avenir sortent de l'urne électorale...
« Chaque chose, chaque figure a pris un caractère inaccoutumé. Les acteurs sont changés ; le public est changé. L'air qu'on respire a donné un nouvel aspect à tous les objets. Vous dire exactement toutes nos émotions, vous raconter toutes nos impressions,
* Ce jour-là, M. Tuiers, non encore élu, montait *a garde a la mairie du 2- arrondiwement.
vous dire tous les noms de ces nouveaux visages , arrivés à la fois des quatre points cardinaux, nous serait impossible... »
Le Journal des Débats : « Il se passait, dans les entrailles de cette Assemblée, une sorte de travail d'enfantement. Il y avait une grande clameur qui semblait gonfler sa poitrine et demander une issue. C'était une suite d'explosions qui cherchaient leur courant électrique...
« Dans cette chaudière brûlante et flamboyante, tous les éléments du bien et du mal se livrent une bataille dont Dieu seul connaît l'issue. L'or, le bronze, le fer bouillonnent et se tordent dans cette flamme inextinguible. De ces flots de métal en fusion nous voyons sortir une statue vivante, évoquée aux noms tout puissants de la liberlé, de l'égalité, de la fraternité... »
Les nécessités de l'histoire exigent la description de cette salle, où devaient se débattre les destinées de la France et se dérouler tant de scènes dramatiques.
Élevée à la hâte, en quarante-cinq jours, dans la cour de l'ancien palais des députés, cette construction formait à l'extérieur un carré long qui conservait sa forme à l'intérieur, en s'arrondissant toutefois à Tune de ses extrémités. A l'autre extrémité, du côté de la place de Bourgogne , avaient été dressés le