‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 33 sur 164 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

La Commission du Luxembourg avait quitté ce palais et cessé officiellement ses travaux, mais elle avait maintenu son organisation. Le 11 mai, elle publiait le décret du Gouvernement provisoire, du 25 février, qui s'engageait à garantir l'existence de l'ouvrier par le travail ; elle le faisait suivre de cette déclaration :

ce Les promesses faites sur les barricades n'étant pas accomplies, et 1' Assemblée Nationale ayant refusé, dans sa séance du 10 mai, de constituer un Ministère du travail, les délégués au Luxembourg se refusent à assister à la fête dite de la Concorde. »

Cette féte de la Concorde, que le Gouvernement provisoire avait décrétée afin de célébrer l'arrivée des représentants au milieu de la population de Paris, et de les unir,* par une démonstration commune, dans une commune sympathie pour la République, avait été ajournée par prudence au 10, puis au 14 mai, et soumise au vote de l'Assemblée qui, sur la proposition de M. Flocon et malgré l'opposition d'un député de la droite, l'avait approuvée à l'unanimité. On y avait convoqué avec les membres de l'Assemblée et de la Commission exécutive, les délégués des départements, des blessés de février, des décorés de juillet, du Luxembourg, des noirs affranchis, de la presse, des artistes, des vétérans, de la garde nationale, de l'armée, des nationalités polonaise, allemande et italienne.

C'était contre cette manifestation fraternelle que protestait ainsi le Comité du Luxembourg.

La protestation fut suivie d'une déclaration des détenus politiques, formulée avec la même amertume : <r Une fête a été décrétée pour le i 4 mai ; « Les détenus politiques sont conviés à cette fête ; a Mais,

« Attendu que le peuple meurt de faim ;

« Attendu que les blessures de nos frères de Rouen saignent encore ;

a Attendu que la présence des détenus politiques à la fête du 14 mai pourrait être considérée comme une adhésion à tout ce qui s'est fait politiquement et socialement depuis le 24 février;

« L'Assemblée des détenus politiques convoquée ex traordinairement,

« Considérant que des républicains ne peuvent se livrer à la joie, lorsqu'ils portent le deuil dans leur cœur,

a Décide à l'unanimité qu'elle s'abstiendra d'assister à la fête du 14 mai. »

Le journal légitimiste, L'Union, ne manquait pas de protester également, a contre ces représentations payennes qui se mêlèrent à l'œuvre de notre première

révolution Le tapage n'est pas de la politique...

La France ne reprendra pas son rang dans le monde par des manifestations plus ou moins artificielles.... Que l'on enrôle pour ces fêtes des vieillards et des jeunes filles, double parure des solennités nationales... cet étalage de vertu, d'innocence, de cheveux blancs et de fronts sereins, cette pompe lacédémonienne jetée au travers de Paris, n'est pas ce qui ré-

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