CHAPITRE DEUXIEME
ciétés actives, après avoir constitué son bureau et nommé Huber pour Président, publiait son programme, délibérait jour et nuit, supputait le nombre de ses adhérents et prétendait l'élever de 60 à 80,000 hommes.
La Société des droits de l'homme et du citoyen, sous la direction de L. J. Villain, se vantait de pouvoir recruter 16,000 hommes armés, dans ses sections. Elle passait des revues fréquentes mais fractionnées ; chaque soir, elle déversait dans l'âme de ses affidés les passions qui la débordaient.
M. Raspail, par son club et son journal VAmi du Peuple, attirait autour de lui 4,000 sectaires. Sa parole nerveuse et sa plume incendiaire les enflammaient de ses théories, de ses espérances, de ses haines. Il ne cessait de lancer ses brandons contre cette Assemblée a émanée d'un suffrage faussé par mille manœuvres électorales et gouvernementales, et qui s'applique de plus en plus à ne pas démentir son origine,... cette Assemblée qui ne devrait pas s'intituler Nationale, mais provisoire, comme le gouvernement des manœuvres électorales duquel elle émane... »
Le club de la Révolution, présidé par M. Barbés, citoyen de plus en plus populaire, et inspiré par les anciens détenus politiques, qui se groupaient autour de ce chef aimé, captivait la foule et en tirait un nouvel élément de puissance.
M. Blanqui , surexcité par les accusations qui pesaient sur son passé de 1839, multipliait ses efforts publics et secrets, ses menées fiévreuses et factieuses.
Il se flattait de compter, dans sa Société centrale républicaine, des hommes de toutes les conditions, de tous les partis, riches et pauvres, blancs et rouges. « L'Assemblée constituante » disait un de ses orateurs applaudis « n'est autre chose qu'un atelier national. Là, sont des ouvriers chargés par le peuple de travailler pour son compte. Le jour où ces ouvriers n'accomplissent pas leur devoir à l'égard du Maître, celui-ci peut les chasser et les remplacer par de plus fidèles serviteurs. Songez-y, soi-disants représentants du peuple! Le Maître a l'œil sur vous. » M. Blanqui s'efforçait incessamment d'étendre ses ramifications ; et, par l'attraction qu'il exerçait sur ses séides, il augmentait le nombre de ses cohortes fanatisées et de ses agents, disséminés sur tous les points, jusque dans l'Hôtel-de- Ville et la préfecture de police.
La maison de Sobrier, où se rédigeaient les articles provocateurs de La Commune de Paris, se maintenait comme centre permanent d'une conspiration ouverte, qui ne se voilait que pour la forme du titre de Comité agricole. Là, tout se préparait pour un soulèvement ! et les actes étaient poussés si loin, que (le 8 mai) Gaussidière jugeait prudent de faire supprimer, par M. Gaillaud, un de ses lieutenants, le piquet de garde républicaine qui était demeuré jusqu'à ce jour rue de Rivoli, à la disposition de Sobrier. Sobrier se plaignit amèrement de ce procédé comme d'une désertion, et répliqua qu'il saurait bien, s'il le voulait, remplacer ce piquet par une garde volontaire et journalière de cent hommes.