‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 39 sur 164 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

La force matérielle étant évidemment incertaine et son emploi dangereux peut-être, la force morale devenait l'unique ressource. Le prestige des noms et des services rendus à la cause républicaine, les relations personnelles avec certains chefs de clubs , l'éclat du talent et de la parole , la réputation d'un amour ardent de la démocratie justifiée par les luttes soutenues contre la monarchie, pouvaient, seuls, contrebalancer les influences des meneurs sur les masses, réprimer les ambitions égoïstes et désarmer les complots. La majorité de l'Assemblée avait donc été profondément politique , en s'étayant sur un pouvoir exécutif où elle avait placé M. Ledru-Rollin à côté de M. Lamartine.

Les meneurs le savaient bien : s'ils comptaient sur leur nombre, sur leur puissance, sur la faiblesse matérielle du gouvernement, ils redou (aient cette force morale de la Commission exécutive. Aussi, dès la première heure, se livrèrent-ils contre elle à des attaques plus violentes que celles dirigées contre l'Assemblée. Là encore se rencontrent, marchant dans la même voie, se servant des mêmes armes, les monarchistes et les ultra-révolutionnaires.

L'Union disait le 13 : «.... M. Lamartine est dépopularisé, le nouveau Directoire est déjà placé dans l'opinion au-dessous de celui qui fut détrôné, il y a cinquante ans, par le général Bonaparte. »

La Vraie République : « Les rois sont nommés. Ils sont cinq. C'est trop! ou trop peu ! mais avec le temps tout s'arrangera... Pourquoi cinq?... les royalistes

ont dit à cela : si un roi esl bon, on n'en saurait trop avoir. Il a été question d'en faire onze ou neuf. On a calculé que cinq suffisaient à la combinaison politique... et puis vraiment les rois perfectionnés par la victoire des prolétaires et des sans-culottes des barricades de février, ces rois-là ont trop de privilèges pour que le nombre n'en soit pas un peu restreint...

1° Ils régnent et gouvernent en même temps

2* Ils continuent à toucher de beaux appointements 3° Ils sont souverains de souveraineté

absolue, et ils n'ont de compte à rendre qu'à la fin de leur gestion. Quaud finira-t-elle? Est-ce que l'Assemblée s'imagine qu'elle viendra à bout de sa constitution? »

Choisis parmi les républicains les plus connus, les plus honorables et de toutes les nuances, les ministres subissaient unanimement les mêmes injures.

Ainsi accusés par les uns d'être tombés au-dessous du Directoire, par les autres d'exercer une dictature absolue, les membres de la Commission exécutive n'avaient pas même reçu, de l'Assemblée, un moyen d'installation : ni demeure, ni subside. Les ministres avaient pu prendre possession de leurs ministères, eux demeuraient sans résidence gouvernementale. Et cependant il leur en fallait une. Dans la prévision des bruits calomnieux qui ne tarderaient pas à s'attaquer aux réceptions, aux relations de l'entourage de

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