CHAPITRE DEUXIÈME
chacun d'eux, s'ils conservaients leurs appartements distincts, il leur semblait important de ne point rester séparés, de se réunir dans une habitation commune. Ils songèrent tout d'abord à l'Elysée-Bourbon ; mais, après l'avoir visité, ils virent avec regret qu'il ne pouvait suffire (François Arago se contentait d'une simple chambre). Ils durent choisir le Luxembourg.
Le Luxembourg et le Petit Luxembourg offraient seuls, en effet, assez de place pour les bureaux, les salons de réception et les appartements personnels.
Les bureaux et les salons de réception furent installés au Petit Luxembourg dans trois grandes pièces, au premier étage du corps de bâtiment bordant la gauche de la cour et desservi par un vaste escalier. Dans la dernière de ces trois pièces s'ouvrait une chambre délabrée, tendue d'un papier déchiré. Quelques chaises de paille et un lit sans rideau en formaient tout le mobilier. François Arago s'y installa, charmé du contraste de ce dénuement et de sa haute position. L'appartement de droite du Petit Luxembourg, habité par Dupont de l'Eure, durant sa présidence du Gouvernement provisoire, fut destiné à Lamartine, qui, momentanément, alla se loger dans une maison du bois de Boulogne.
M. Marie prit au rez-de-chaussée du Grand Luxembourg, l'ancien appartement du grand Référendaire, aux meubles usés par un long service. Les bureaux de la pairie, au second étage, reliés entre eux par un couloir, furent transformés en chambres, l'aile droite réservée à M. Garnier-Pagès, l'aile gauche à M. Ledru-
Rollin. M. Garnier-Pagès se casa immédiatement dans ces chambres improvisées. M. Ledru-Rollin, en attendant que son appartement fût habitable, se réfugia dans une maison de campagne, propriété de famille, à Fontenay-aux-Roses. Le secrétaire-général occupa le côté gauche du rez-de-chaussée.
Les membres de la Commission exécutive étaient donc plutôt campés que logés; et cependant, tout aussitôt, on publia sur la somptuosité de leur palais des calomnies que M. Marie, le plus violemment attaqué, crut devoir démentir. Nul petit détail, lorsqu'il nuance un tableau, n'est oiseux : un abonnement pour le déjeuner des cinq membres de la Commission, du secrétaire-général et du chef du secrétariat, fut passé avec un restaurateur voisin, moyennant la somme totale de vingt francs par jour ; et à ce repas prenait souvent part un ministre venu pour affaires urgentes.
Faute de subvention, les membres de la Commission exécutive ne purent ouvrir leurs salons à des réceptions régulières ; l'indemnité qu'ils avaient reçue pour le Gouvernement provisoire ayant été épuisée en frais de représentation, ils se trouvaient dans une position plus qu'embarrassée; et, pour en sortir, s'adresser à l'Assemblée répugnait à leur délicatesse. Ils attendaient.
A M. Garnier-Pagès, qui insistait sur la convenance et l'opportunité de recevoir les représentants, afin