‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 41 sur 164 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

d'établir avec eux des rapports personnels, François Arago répliquait en souriant : a Oui I vous avez raison ! mais il faudrait pouvoir leur offrir un verre d'eau sucrée. »

Loin de songer à la situation matérielle du pouvoir qu'elle venait d'élire, l'Assemblée semblait disposée à lui envier l'autorité qu'elle s'était vue obligée de lui déléguer.

Les monarchistes constitutionnels ne pensaient qu'à user un gouvernement, qui cependant, tout en veillant au salut du pays commun, ne perdait pas de vue leur sécurité personnelle; et leurs orateurs, longuement habitués à l'opposition parlementaire, se sentaient entraînés à une lutte acharnée, quelles que dussent en être les conséquences.

Les républicains, divisés en deux fractions, ne pouvaient se décider à un concours gouvernemental énergique; ils ne devaient concéder qu'un appui hésitant, douteux. Non assouplis aux virements des coutumes anglaises, la qualification de ministériel semblait au plus grand nombre une injure. Ils étaient donc peu enclins à défendre les membres du pouvoir exécutif contre les attaques de leurs adversaires.

Ainsi, tandis que, tout à la fois garant de l'ordre public et gardien sûr de la république, le gouver-

nement eût dû être fortement soutenu tout à la fois par les conservateurs et par les démocrates, il était au contraire, par les uns et les autres, livré à la critique, à l'envie, à l'abandon.

Les membres de la Commission executive n'entrevoyaient donc aucun soutien en dehors de leur dévouement absolu, du ferme accomplissement de leur devoir, du bon accord qui s'établit immédiatement entre eux, de leurs relations personnelles, de l'habitude de marcher à travers l'orage et de leur connaissance des hommes et des choses. Autour d'eux tout était obscurité, trouble, embûches, conspiration, soif de bouleversement, ardeurs réactionnaires et révolutionnaires, grèves volontaires et forcées, crises permanentes, souffrances réelles et fictives. Ne voyant là que le mal du temps, les douleurs d'une société en travail, les tourments d'une nation en marche vers l'avenir, ils subissaient cette situation sans amertume contre les personnes et ils n'adressaient de reproches ni à leurs ennemis ni à leurs amis. Mais, mesurant le danger dans toute son étendue, ils résolurent défaire face sans hésitation et sans faiblesse, comme ils avaient accepté leur mission sans ambition et sans arrière-pensée.

Le premier jour de leur réunion au Petit Luxembourg, un incident amena la conversation sur le Donjon de Vincennes. L'un d'eux dit en souriant: a II faut le faire préparer et meubler avec soin. Qui peut prévoir ce qui adviendra? L'Assemblée qui nous a élus aujourd'hui pourrait bien nous mettre en accu-

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