‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 42 sur 164 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

sation demain »! a Eh bien ! » répliqua Lamartine, a c'est le sort de beaucoup de gouvernants. » Puis, saisissant un couteau à papier, dont il dirigea la pointe en haut, il s'écria avec la naïveté de son génie : « Nous sommes au sommet aujourd'hui. Mais nous ne serons véritablement grands que lorsque nous serons là — il renversait la pointe en bas et la désignait du doigt. — Les hommes ne grandissent, ne s'élèvent dans l'histoire que par leur chute. » M. Lamartine savourait d'avance le calice d'amertume dont il devait être abreuvé plus tard.

Pour aucun de ceux qui acceptèrent alors le pouvoir l'avenir n'était obscur. Ils savaient que toujours les premiers gouvernements nés d'une révolution sont sacrifiés et écrasés sous les fondations du nouvel édifice.

Le 11 mai, après la formation du ministère, désireuse de connaître l'état des esprits, la Commission executive avait mandé le ministre et le sous-secrétaire d'état de l'intérieur, ainsi que le préfet de police. Elle décida que, tous les jours, de midi à deux heures, elle entendrait les rapports de police, afin de prendre sans retard les mesures exigées par les circonstances : les matinées, de 9 heures à 11 heures, devaient être consacrées au travail avec les ministres ; les soirées, aux séances de conseil du Gouvernement.

Informée, le 13, que les ouvriers du chemin de fer

du Nord, en proie à une fermentation extrême, s'étaient mis en grève et menaçaient d'interrompre la circulation, elle chargea les ministres des travaux publics et de la justice de se transporter sur les lieux et de chercher par la conciliation à étouffer ce conflit gros de conséquences désastreuses.

Les ouvriers exagéraient leurs prétentions. Loin de faire des concessions aux nécessités de la crise, les journaliers terrassiers, rassemblés sur les places de Grève et du Ghâtelet, refusaient 3 francs et 3 fr. 50 par journée et exigeaient 5 francs pour 9 heures. Plutôt que céder, ils préféraient être réduits au minime salaire des Ateliers nationaux et souffrir. Ce fait, cité par un rapport de police du 13, signé Garlier, amena la délibération sur les Ateliers nationaux.

La Commission exécutive se saisissait de la pensée heureuse et politique du Gouvernement provisoire de transformer ces Ateliers par le rachat des chemins de fer, et d'opérer leur utile dispersion par la reprise immédiate et féconde de travaux immenses sur toutes les lignes. Mais, en attendant la présentation à l'Assemblée de ce projet, préparé par le ministre des finances, M. Duclerc, la Commission adopta les résolutions suivantes : (Extrait de son procès-verbal.)

« Des instructions diverses seront transmises parle ministre de l'intérieur relativement aux Ateliers nationaux. Il est invité à rechercher quelles sont les mesures qui pourraient retenir les ouvriers dans les campagnes et les empêcher de se concentrer dans les grandes villes.

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