CHAPITRE TROISIÈME
Les pétitions en faveur de la Pologne deviennent un prétexte de manifestation.
— Séance du club des Amis du peuple; pétition Raspail; extrait de L'Ami du peuple sur la panique du 9 mai; lettre de M. Caussidière sur cette panique. — Le Comité centralisateur prend l'initiative d'une démonstration.
— Convocation des délégués des clubs pour le 12 mai. — Réunion Dourlans; réunion dans l'Orangerie; convocation pour le 15. — Manifestation du 13; intervention de M. Vavin; conflit. — Récriminations des journaux contre le rappel. — Remise de la féte du Champ-de-Mars ; irritation des délégués des départements arrivés à Paris. — Préparatifs de la Société des droits de l'Homme. — Agitation dans la maison Sobrier; préparation de décrets insurrectionnels.— Craintes de Sobrier et de Caussidière surBlanqui. — Menées de Blanqui. — Abstention de Barbes. — Protestation de certains clubs, du Comité central polonais. — Réunion chez M. Louis Blanc; protestation de M. Barbès; M. Louis Blanc tui demande de s'interposer contre la manifestation. — Excitation d'agents secrets. — Réunion du Comité centralisateur; résolutions pacifiques : lettres de M. Huber. — Considérations générales.— Imprévoyance et confusion des meneurs et des clubs.— Hésitations de M. Caussidière; ses aveux. — Conflit entre le préfet de police et le bureau de l'Assemblée sur le choix du commissaire de police attaché à l'Assemblée. — Rapports de police. — Vues politiques et fraternelles du Gouvernement. — Espérances des partis hostiles dans une lutte sanglante; ils cherchent à y pousser le Gouvernement. — Conseil (14 mai) de la Commission executive; attribution du droit de faire battre le rappel; distribution des forces militaires contre la manifestation prévue; rédaction d'une proclamalion. — Appréhensions et précautions du président de l'Assemblée. — Prévoyance et lettre du maire de Paris. — Mesures prises par le commandant général des forces militaires. — Il reçoit la visite du maire de Paris.
La Pologne, depuis le crime du partage, n'a jamais cessé d'excilcr les sympathies universelles de la France. La fraternité des peuples, le droit et le catholicisme
s'unissent pour rallier à sa cause les libéraux les plus avancés aussi bien que les autoritaires les plus rétrogrades.
Les nouvelles récentes de cet infortuné pays étaient venues plus tristes et plus sombres que jamais. Les sollicitations de ses réfugiés en devenaient et plus poignantes et plus pressantes. Il y avait donc là pour les clubistes, à l'affût de tout moyen d'agitation, prétexte à une imposante manifestation. Assurés de trouver un écho chez les orateurs conservateurs, que, par une manœuvre adroite, ils faisaient les associés, les complices ou les instruments de leurs desseins, ils comptaient sur le renversement facile de tous les obstacles, sur le succès.
Il fallait, d'ailleurs, d'autant plus se hâter de saisir cette émouvante question, que les motifs suffisants pour mettre en mouvement la population de Paris et la précipiter sur l'Assemblée devenaient rares. Aussi, dès le 6, les clubs ultra-révolutionnaires avaient-ils mis à Tordre du jour les pétitions en faveur de la Pologne.
Le club des Amis du Peuple, dans la soirée du 6, présentait une bruyante animation. L'afïlucnce était prodigieuse : on se pressait, on se heurtait pour trouver place. Plus de trois mille personnes, parmi lesquelles un certain nombre de femmes, encombraient la salle Montesquieu, lieu ordinaire des séances. Les mille bruits de tous ces mouvements, le bourdonnement des