CHAPITRE TROISIÈME
conversations s'apaisèrent et se turent peu à peu. Le président, M. Raspail, lut cette pétition, qui souleva d'enthousiastes transports :
a Considérant :
<t 1° Que la conquête de nos libertés sera en péril, tant qu'il y aura en Europe un peuple qu'on opprime ;
« 2° Que le devoir d'un peuple libre est de voler au secours de tout peuple opprimé, vu que la loi de la fraternité n'est pas une loi nationale, mais humanitaire; que tous les peuples sont frères, au même titre que les citoyens entre eux, comme enfants du même Dieu sur la terre;
« 3° Que si tel est le devoir de la France envers les peuples opprimés, ce devoir sacré, imprescriptible, devient plus impérieux encore envers les peuples qu'on égorge ;
« 4° Que, dans un moment où notre victoire sur un gouvernement corrupteur avait donné un élan de liberté à tous les peuples de l'Europe, notre politique égoïste et effrayée semble avoir prêté main-forte aux tendances liberticides des rois coalisés et interdire tout espoir de secours aux peuples qui s'armaient de toutes parts pour reconquérir leur droit d'être libres ;
« 5° Que les peuples n'avaient levé le saint étendard de l'insurrection qu'en marchant sur nos traces et en comptant sur notre coopération ; que, vaincus, ils ont le droit de nous accuser de leur défaite; que la victoire de leurs oppresseurs est une menace contre nos libertés publiques et une insulte aux principes que nous avons proclamés;
« 6° Que l'Italie et l'Allemagne nous appellent pour concourir au succès de leurs armes; que la Pologne, notre sœur, dont la honteuse politique de nos derniers dix-huit ans a rivé les fers, nous somme, au nom de la justice et de la reconnaissance, de lui restituer sa nationalité ;
« 7° Qu'un plus long retard serait, de notre part, une félonie et une trahison, car la Pologne est notre alliée, notre compagne d'armes, notre éternelle avantgarde contre les peuples du Nord ;
« 8° Que notre jeune armée, impatiente de saintes et nobles victoires, n'attend qu'un signe de la Patrie pour aller renouveler les prodiges de l'Empire au profit de la liberté de tous; que le nom de la Pologne réveille ses plus ardentes sympathies ; qu'elle sent bien que c'est par là qu'elle doit commencer sa tournée en Europe, parce que c'est là que l'oppression est plus lourde et que nous avons plus de torts à réparer;
a Par ces motifs et dans l'intérêt de la sécurité de nos institutions républicaines, au nom de la Providence des peuples et de l'honneur du pays, le club demande, par acclamation, à l'Assemblée nationale, qu'elle décrète incontinent :
« 1° Que la cause de la Pologne, sera confondue avec celle de la France ;
a 2° Que la restitution de la nationalité polonaise doit être obtenue à l'amiable ou les armes à la main ;
« 3° Qu'une division de notre vaillante armée soit tenue prête à partir immédiatement après le refus qui serait fait d'obtempérer à l'ultimatum de la France*