‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 51 sur 164 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Si ce n'était pas une prise d'armes immédiate, c'était du moins la permanence en fait : en cas de collision, les sectionnaires devaient se rendre en hâte chez eux, s'armer, et attendre les ordres ; il était recommandé d'arrêter les tambours qui battraient le rappel.

Du 10 au 14 mai, dans la maison de Sobrier, siège du Comité centralisateur et de La Commune de Paris, on avait remarqué un surcroit d'agitation, des allées et des venues incessantes, une affluence considérable.

La formation du Comité agricole a multiplié les délibérations; on voit s'y empresser des démocrates de toutes les nuances. Les discussions sur la manifestation deviennent de plus en plus vives. Dans ce tourbillon, Sobrier prête l'oreille à toutes les instigations, pacifiques ou violentes. Enivré de tumulte, fiévreux, convulsionné, jouet des fluctuations de son milieu, il se sent tiraillé, entraîné, excité, excitant, et devient, bon gré mal gré, l'agent responsable de tout ce qui se dit, s'écrit ou se trame en sa demeure.

La Commune de Paris reflète ce qui se passe en lui et chez lui. C'est un mélange bizarre d'expressions modérées et exagérées, d'invitations au calme et à la révolte, d'appels à l'ordre et au désordre ; un maladif assemblage d'idées incohérentes. Cependant de ce chaos se dégagent une idée dominante, celle d'absorber la République, et une volonté bien arrêtée, celle d'en saisir ou d'en faire naitre l'occasion.

Le 15 mai serait-il le jour propice? Là seulement était le doute.

Les faits vont parler.

La Commune de Paris dit, dans le numéro paru le 1 5 au matin : « Il serait urgent de faire, tout de suite, une démonstration, sous la bannière : Vivre en travaillant, ou mourir en combattant. Afin de rappeler à l'Assemblée qu'elle n'est composée que de commis payés pour prendre spécialement les intérêts du peuple qui souffre... »

M. Seigneuret, ami et commensal de Sobrier, préparait une série de décrets, dont le résumé révèle fidèlement les théories et les projets de la plupart des habitués de la maison. Voici le premier :

« Au nom du peuple régénérateur de Paris, fondateur de la République en février et mai 1848, le Comité de salut public déclare :

« Que T Assemblée nationale, composée en grande partie de réactionnaires, a violé son mandat ;

« Qu'elle a perdu un temps précieux, quand la misère réclamait de promptes mesures ;

« Qu'elle a refusé de créer un ministère de travail ;

« Quelle a cherché sa force dans un amas d'armes, déposé dans l'enceinte de l'Assemblée, quand elle devait se faire respecter par la force morale seulement, en accomplissant sa mission avec zèle et dévouement ;

<t Qu'elle s'est attribué le droit et le pouvoir d'oppression, en laissant les troupes dans Paris, et en accordant au président le droit de les convoquer ainsi que toutes les gardes nationales de France ;

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