CHAPITRE TROISIEME
réserve à la témérité. S'il n'était pas représenté dans le Comité centralisateur, s'il ne prenait pas l'initiative des manifestations, il savait s'en emparer à un moment inattendu. Dès que la proposition de la démonstration polonaise avait été agitée dans les clubs, elle était mise à l'ordre du jour de la Société Républicaine Centrale : Le 13, un orateur soutenait qu'il fallait se présenter armé devant l'Assemblée et la renverser si elle n'acceptait pas le programme proposé. Un membre du bureau s'écrie : « De telles paroles ne peuvent être émises que par un agent provocateur. » Cet incident soulève un orage. « Pour le calmer », dit M. Blanqui lui-même, cherchant à expliquer cette séance insurrectionnelle, «j'étais dans un grand embarras. Mon club était partagé. Le parterre se composait des hommes les plus avancés ; les loges, d'hommes plus modérés.... Si j'avais combattu la motion de front, j'aurais risqué d'être débordé. Je pris donc des précautions oratoires. Dans un discours qui dura environ une, demi-heure, je dis qu'il fallait bien se garder de se jeter dans les voies violentes ; qu'il fallait bien se garder de dépasser le peuple, parce que, si on avait ce malheur, il se tournerait immédiatement contre les imprudents qui l'auraient provoqué. Ce discours fut bien accueilli ; et il fut résolu qu'on se rendrait à la manifestation avec les intentions les plus pacifiques. » Les précautions oratoires dont parle M. Blanqui sont celles-ci : approbation de la motion ; ajournement, parce que l'on n'est pas en mesure ; promesse de saisir une circonstance plus favorable.
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La séance du lendemain fut consacrée à une discussion intéressante et animée sur les questions sociales. M. Rodrigues soutint que le gouvernement , devait affranchir la propriété agricole en la mobilisant. M. Bonnard affirma que les prolétaires d'aujourd'hui représentaient les esclaves d'autrefois; que les esclaves agricoles surtout devaient être affranchis et ne pouvaient l'être que par la concession d'une part dans les bénéfices de l'entrepreneur. Suivant M. Gustave Robert, tous les fonds de la terre appartiennent à tous. On passa en revue le saint-simonisme, le fouriérisme, le communisme. M. Esquiros posa comme conclusion que la fin de la bourgeoisie approchait. M. Blanqui leva la séance en annonçant, pour la journée du 15, le rassemblement de la Société, boulevard du Temple, devant le théâtre de la Gaité. Suivant sa coutume, au lieu d'aller place de la Bastille, lieu général de la convocation, il se plaçait sur le passage du cortège, afin de se mettre à sa tête et d'en prendre la di- . rection.
M. Barbés, dans le Club de la Révolu tion, combattait énergiquement des projets où il ne voyait que périls pour la démocratie : Se précipiter dans une manifestation, dont il était possible de détourner le but en exploitant l'enthousiasme populaire, serait fatal à la République. Il y avait là une espèce de guet-apens qui ferait dégénérer cette solennelle démarche en un