CHAPITRE TROISIÈME. IH
M. Huber, le président, venait de recevoir de M. Yavin, liquidateur de la Liste civile, sa nomination de gouverneur du Raincy, propriété privée de la famille d'Orléans, place sollicitée pour lui par un de ses amis. Il venait, après une vive altercation avec Barbès, de lui promettre de réagir contre la manifestation. Encore sous cette double influence, il prit la parole à l'ouverture de la séance. Après avoir exposé la situation et les faits qui lui ont été dévoilés, il exprime ses craintes sur la démonstration ; il déclare que, s'il était en son pouvoir de s'y opposer, il n'y manquerait pas. Sa conviction est que la garde nationale épie sa proie, et qu'elle saura provoquer les citoyens paisibles qui composent la colonne. « Si , » ajoute-t-il, <c on était certain de réunir 2.00,000 hommes, oh! alors, je n'hésiterais pas. »
Un citoyen, portant l'uniforme de la garde urbaine, s'écrie : « Je garantis qu'il y aura plus de 200,000 hommes. »
Un autre : <t Si on ne peut empêcher la manifestation, il faut s'y jeter en masse, et, pour dissiper toute alarme et empêcher toute prise d'armes, faire connaître, par les affiches et les journaux, ces résolutions pacifiques. »
Cette proposition est adoptée.
Aussitôt M. Huber écrit trois lettres : l'une à M. Barbes, l'autre à La Réforme, la troisième au maire de Paris.
\jà première exprime à Barbes des intentions conformes aux siennes... L'heure n'est pas venue!...
La seconde dénonce comme « faux, mensonger, n'ayant d'autre principe que la calomnie, d'autre but que de provoquer entre les diverses classes de la société la division et la discorde, le bruit, répandu la veille avec une effrayante rapidité , qui attribue aux pétitionnaires des intentions anarchiques et malveillantes. Il repousse, de toute son énergie, lui, président du Comité centralisateur , les odieuses imputations dont ces pétitionnaires sont victimes. Ils observeront le calme et la dignité qui conviennent à des citoyens profondément pénétrés de la connaissance de leurs droits et de la justice de leur cause. »
Sa lettre au maire de Paris est ainsi conçue : a Pour Dieu! citoyen Marrast, pour le salut de la République , ne donnez pas une fausse interprétation à la démarche que feront demain les citoyens qui se rendront à la place de la Bastille. Surtout, ne répandez pas l'alarme, ne faites pas battre le rappel! Tout serait perdu, il y aurait une collision terrible, sanglante peut-être; et, quel qu'en fût le dernier résultat, la cause de la République serait compromise, ou du moins son triomphe définitif pour longtemps ajourné. L'anarchie s'introduirait dans le pays, et, maliiré les efforts des démocrates, il lui serait impossible de rétablir de suite l'ordre et la sécurité. Par la prudence vous pouvez éviter ce danger. Tout, absolument tout , dépend de la résolution que vous prendrez à cette occasion. Si par une proclamation à la bourgeoisie vous la rassurez sur nos intentions qui