‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 57 sur 164 · CHAPITRE TROISIÈME. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. H

sont pacifiques, les pétitionnaires iront avec calme et dignité exposer leur réclamation à l'Assemblée nationale, en faveur de la Pologne, et se retireront sans troubler Tordre un seul instant. Telles sont leurs intentions, je vous en réponds sur ma tête. — Si au contraire, par une manifestation armée de la garde nationale, le Gouvernement nous contestait le droit de pétition, alors, malgré mes efforts, je serais impuissant à maîtriser l'indignation ; il s'ensuivrait une lutte inévitable et il y aurait une horrible boucherie comme à Rouen. »

J'ai passé en revue tous les préparatifs de la journée du 15 mai. J'ai fait pénétrer le lecteur dans les clubs, les réunions, les comités. J'ai rapporté tous les discours importants, toutes les discussions intéressantes. Je n'ai emprunté aux orateurs que leurs propres paroles; j'ai donné tous les documents sans rien ajouter, sans rien retrancher. J'ai voulu mettre sous les yeux du peuple le tableau exact, complet, de tout ce qui a été dit, résolu, accompli. Je n'ai pas reculé devant la crainte de faire jaillir trop de lumière sur les exagérations des idées républicaines et socialistes, car j'ai la conviction profonde que l'histoire de son passé doit être pour une nation vigoureuse la leçon de l'avenir. Le récit franc de nos faiblesses et de nos douleurs nous instruira mieux que le silence. Nul parti, au surplus, ne peut accuser l'autre dans ces terribles événements,

où j'ai retrouvé les preuves évidentes, palpables, de la participation de tous. Chacun d'eux y a ses fautes.

Et d'ailleurs n'esl-il pas salutaire de dévoiler les maux de ces époques en travail ? Les exposer aux yeux de tous, n'est-ce pas solliciter, assurer une plus rapide guérison? N'est-il pas bon de se fortifier au spectacle de ces crises, douloureuses et désordonnées sans doute, mais qui préparent à un état plus avancé de croissance et de développement? Et quel enseignement, quand on se détourne vers ces temps au calme extérieur, qui semblent jouir d'un parfait équilibre, alors qu'ils recèlent l'élément corrupteur qui, sans relâche, attaque les parties intimes pour éclater brusquement quand il les aura toutes viciées et désorganisées, quand il aura gangrené tout jusqu'aux âmes ! Aux jours de genèse, les souffrances, puis la vie ; aux jours impuissants, la santé apparente, puis la mort.

Dans le récit de ces préparatifs de la journée du 15 mai, on a pu voir l'abondante variété des dispositions et des intentions des meneurs : incertains sur les résultats, ils marchent au hasard, ignorant jusqu'où ils pourront aller, tantôt se précipitant en avant, tantôt se rejetant en arrière, entraînés autant qu'entraînant, souvent dépassés. Ils semblent n'avoir rien prévu. Si le lieu du départ est fixé, celui de l'arrivée ne l'est pas. Gomme le 13, s'arrêterait-on à la Madeleine ? Irait-on plus loin ? Jusqu'où ? l'Obélisque, le

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