‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 59 sur 164 · CHAPITRE TROISIÈME. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. H

instruit par l'avortement clu 16 avril; il entrevoyait comme issue d'un conflit sanglant la défaite plutôt que la victoire. Et la victoire fût-elle assurée, il se demandait si Blanqui ne saurait pas la détourner et l'exploiter seul.

Impuissant à faire ajourner la démonstration, il la préférait pacifique ; cependant il était prêt à se plier aux circonstances. Son esprit flottant se trahit à plusieurs reprises. Il disait à un ami : a S'il y a collision et que la démonstration soit considérable, j'irai avec le peuple ; mais je ne devancerai pas, je ne veux pas devancer la volonté du peuple » ; à un autre, plus intime et plus pressant : « Eh bien ! si vous n'êtes que. 50,000, je tirerai sur vous ; si vous êtes 150,000, enlevez l'affaire. a

Quant aux dispositions de la garde républicaine, il avouait lui-même à la tribune que, s'il la mettait en contact avec la manifestation, lui absent, elle fraterniserait avec les clubs.

Un accident favorisait encore ses hésitations : une luxation du genou le retenait ce jour-là dans son appartement, et pouvait justifier son inactivité personnelle aux yeux du Gouvernement comme aux yeux de ses amis.

Le préfet substitua, le 14, à M. Noël, commissaire de police du quartier des Invalides, attaché à la questure de l'Assemblée, un autre commissaire. Le pré-

sident de l'Assemblée et les questeurs, désireux de choisir eux-mêmes l'homme en qui ils devaient avoir une confiance absolue, mandèrent M. Yon. Le préfet donna ordre à ce dernier de rester dans son quartier, et chargea M. Dousseaux de surveiller les abords de l'Assemblée. Le contre-ordre du préfet impressionna défavorablement l'esprit du président et des questeurs, qui maintinrent M. Yon, en vertu de leur pouvoir de requérir tous les délégués de l'autorité. Le président en informa le préfet et lui adressa, en prévision du lendemain, cette lettre remarquable.

c Dimanche 14.

« Citoyen préfet, vous savez ce qui se passe, et quelles menaces viennent encore attenter au repos public et à la sécurité qui veut se rétablir. L'agitation que quelques individus suscitent nuit au rétablissement du travail, c'est-à-dire à ce qui est le plus nécessaire dans l'intérêt de la population. 11 est temps que cette agitation suscitée cesse. Mais ma lettre a un objet plus spécial.

a On se prépare à reprendre demain ce qui a été, en partie, manqué hier. La préoccupation de tous ces désordres est de nature à déranger les importants travaux de l'Assemblée. Une poignée de factieux, de fous et d'étourdis attentent ainsi à la souveraineté même du peuple.

a Je vous prie de prendre toutes les mesures nécessaires pour que le mouvement avorte et n'approche pas même du voisinage de l'Assemblée. Agissez habilement et vigoureusement, comme vous l'avez fait hier ;

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