‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 6 sur 164 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

souvent manifestées en faveur des travailleurs, avait su captiver une popularité immense , et paraissait devoir grouper autour de lui et les ouvriers les plus influents et les plus ardents révolutionnaires.

Des amis communs songèrent à rapprocher ces deux éminentes individualités. S'ils y parvenaient, ils avaient la conviction qu'ils auraient rendu un service signalé au pays : dans cette fournaise d'esprits troublés, de passions déchaînées, de partis exagérés, étouffer les haines en ébullition et les colères prêtes à éclater en guerre civile; concilier et rallier; satisfaire également les vœux les plus contraires, c'était œuvre de bon sens, d'humanité, de patriotisme; c'était le salut public. MM. Bastide et Bois le Comte s'y employèrent auprès de M. de Lamartine, qu'ils secondaient aux affaires étrangères : ils impressionnèrent et gagnèrent son âme loyalement désintéressée, par des arguments de cœur et de haute politique.

Je laisse parler M. de Lamartine. Après avoir

déduit les raisons d'Etat qui le portaient à refuser la présidence intérimaire que certains amis lui offraient, il ajoute :

« Le devoir d'un vrai républicain et d'un vrai patriote est de tout sacrifier pour que la République ne se divise pas à son origine, et pour que l'Assemblée nationale, obtenue avec tant d'efforts, à peine introduite parmi nous dans un milieu qui la repousse, soit acceptée, assise, sauvée et s'empare insensiblement de l'autorité et de la force qui lui appartiennent. Cette force lui manque totalement encore; il faut la

lui donner par toutes les mains et par les mains

mêmes de ceux qui auraient voulu l'écarter Ces

hommes disposent de cent vingt mille hommes des Ateliers nationaux, armée aujourd'hui douce et patiente, demain insurgée à leur voix. Ils disposent des délégués du Luxembourg et des cinquante mille ouvriers fanatisés par leur prédication. Ils disposent de la partie prolétaire de la garde nationale nouvelle, qui compte au moins soixante raille bayonnettes. Ils disposent des clubs ameutés en une nuit par eux. Ils disposent en outre, par la Préfecture de police et par l'Hôtel-de-Ville, du corps des Montagnards, des Lyonnais, de la Garde républicaine, des Gardiens de Paris, et de tous ces rassemblements révolutionnaires armés, qui ne reçoivent le mot d'ordre que des républicains les plus ombrageux. *

Concéder à ces républicains leur part légitime dans le Gouvernement, leur donner cette satisfaction légale, n'était-ce pas désarmer la violence et arracher l'Assemblée à des périls imminents?

D'un autre côté, MM. Dupont (de l'Eure), François Arago, Marie, Carnot, Marrast, Garnier-Pagés étaient sollicités par leurs amis de concerter une résolution, de ne pas se laisser surprendre par les événements, de donner l'impulsion afin de conjurer des chances ignorées, désastreuses sans doute.

Une conférence eut lieu chez M. Marie, au mi-

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