‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 7 sur 164 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nistère des travaux publics. M. Dupont (de l'Eure) paraissait peu envieux de porter plus longtemps le fardeau de l'autorité; sans l'épuiser, les travaux et les orages du Gouvernement provisoire avaient fatigué sa verte vieillesse. Il manifesta une répugnance invincible à faire partie d'un pouvoir qui ne serait pas homogène. La lutte, au dehors du Conseil, lui semblait suffisamment lourde ; il ne tolérait plus la pensée de débats au cœur même du Cabinet. Son caractère et sa parole exerçaient une juste influence sur les membres de la réunion. Les partisans d'un pouvoir homogène l'appuyèrent de tous leurs arguments. Ils disaient : « Un Gouvernement divisé d'opinions et de tendances est logiquement affaibli; sa volonté indécise enlève à son coup d'œil la sûreté, à sa main la fermeté; les tiraillements alanguissent son action et paralysent ses efforts. Placé entre l'Assemblée et le peuple révolutionnaire, ce pouvoir do compromis ne satisfera complètement ni l'un ni l'autre. Chaque parti se croira autorisé à fonder des espérances, sinon sur la complicité, du moins sur la tolérance ou les complaisances de certains membres du Conseil. De là, des tentatives plus fréquentes, des entreprises plus hardies. Une politique à bascule n'est plus possible. Vouloir naviguer entre deux eaux , ' c'est courir au gouffre. L'anarchie et la réaction sapent des deux côtés la République. Il est urgent de s'unir, de comprimer l'exaltation des clubistes , tout en déjouant les menées des monarchistes. Pour y réussir, il faut inspirer la foi par l'harmonie; pour

assurer le cours de la Révolution, il faut prévoir à leur origine les débordements et les maîtriser. L'Assemblée menacée, on doit la défendre. Composer avec ceux qui prétendent lever sur elle une main sacrilège, n'est pas prudence, mais faiblesse. Obtenir d'elle une confiance absolue est indispensable ; car, sans cette confiance, le pouvoir délégué par elle peut-il vivre plus d'un jour? La majorité du Gouvernement provisoire doit donc se détacher de la minorité, toutefois sans hostilité contre d'anciens collègues. »

Rien ne fut décidé. On résolut seulement de sonder les dispositions des représentants, puis de se réunir de nouveau.

Ce délaissement des membres les plus avancés du Gouvernement provisoire suscitait un nouveau danger. Non-seulement il les rejetait du pouvoir dans l'opposition, .mais il forçait à compter avec les anciens députés de la gauche et du centre gauche. Accepter l'appui de ces représentants, dont les sentiments envers la République étaient encore douteux, c'était bâtir sur le doute. Le refuser, c'était se placer entre eux et les républicains avancés, et s'exposer aux coups des deux adversaires. Et pour affronter ce double choc, il ne restait comme soutiens que les républicains du National, journal en ce moment violemment et de toutes parts attaqué.

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