‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 61 sur 164 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

sait toutes ces plaies , toutes ces hontes ; et elle voulait en avoir raison sans verser le sang. Tous les membres du Gouvernement, associés à son autorité, étaient dévoués à cette politique aussi grande que fraternelle.

Le Gouvernement provisoire était parvenu à conjurer les premiers orages sans autre force que sa popularité. Grâce à elle , il avait pu dominer les événements, calmer les esprits, adoucir les haines, écarter les périls des journées de mars et d'avril , respecter toutes les libertés , vider les cachots , soulager les douleurs de l'industrie et du commerce et les souffrances des travailleurs. La Commission exécutive n'avait pas d'autre ambition que celle d'achever cette œuvre. Son but était grand et juste ; c'était le vrai but de tout Gouvernement républicain : réconcilier les citoyens entre eux , rapprocher tous les partis dans l'amour commun d'une République qui appartiendrait à tous, où chacun trouverait sa place, sans nulle exclusion de nuance politique ni de position sociale. Elle se sentait élue pour ménager la transition jusqu'au vote de la Constitution.

A ses yeux, à ceux de tous les membres du Gouvernement, ministres, maire de Paris, commandants de la garde nationale, la violation de la représentation nationale et de l'œuvre du suffrage universel, le combat dans la rue, la guerre civile, apparaissaient comme un épouvantable malheur, comme un désastre général; c'était la mort. Mais une lutte sanglante, qui noierait la République dans l'anarchie , pouvait

favoriser les espérances des légitimistes, satisfaire les rancunes des orléanistes qui y verraient une heureuse revanche de Février et le juste châtiment d'une révolution qu'ils qualifiaient de catastrophe , ouvrir la voie au parti bonapartiste, qui se présentait comme prédestiné au rétablissement de l'harmonie.

Les hommes actifs de ces trois partis, les uns sans se rendre compte de leurs sentiments, les autres en parfaite connaissance du but, invitaient donc le Gouvernement à recourir à la force matérielle lorsqu'il voulait se contenter de la force morale, à comprimer quand il prétendait persuader, à faire la guerre là où il espérait la paix. Ils traitaient dédaigneusement la prudence de faiblesse, la sagesse d'inertie, la conciliation d'impuissance.

Mais, sourds à ces périlleuses et funestes insinuations, les membres du Gouvernement allaient s'efforcer d'épargner au pays les horreurs d'une prise d'armes, qui, ajournant à longues années l'ère si longtemps rêvée de la Liberté, transformerait la République en Dictature.

Conformément à sa décision de la veille, la Commission executive s'installa, le dimanche, 14 mai, au Petit Luxembourg. Son premier acte fut la convocation du ministre et du sous-secrétaire d'état de l'intérieur, MM. Recurt et Carteret, des généraux commandant la garde nationale, la garde mobile et la première division

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