‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 65 sur 164 · CHAPITRE TROISIÈME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. m

« Je vous prie d'envoyer au palais de l'Assemblée quatre bataillons de la garde nationale mobile ; ils recevront du général Négrier, l'un do nos questeurs, l'in- • dication de leurs positions.

« Il serait nécessaire qu'ils arrivassent à dix heures et demie du matin. »

M. Bûchez adressait .également les recommandations les plus instantes au préfet de police dans la lettre déjà citée. De concert avec les vice-présidents et les questeurs, il avait mandé M. Yon, commissaire de police, pour veiller sur l'Assemblée. Il avait sollicité le -concours actif de toutes les autorités. Toutes les mesures préventives que le bureau de l'Assemblée pouvait prendre étaient prises.

La présidence de l'Assemblée et la Commission exécutive avaient donc, toutes deux, pleinement accompli leur mission de prévoyance.

A la réception de la lettre de M. Bûchez (5 heures), le maire de Paris s'empressa de transmettre à M. Courtais ses impressions et ses avis :

a Citoyen général,

a Je suis informé qu'il doit y avoir demain une manifestation en faveur de la Pologne.

a Je suis convaincu, général, qu'au fond l'intention de cette manifestation est toute pacifique.

130 COMMISSION EXÊCUTIVE.

« II ne saurait donc y avoir d'autres périls que l'imprévu.

« Je pense, général, qu'en réunissant dans chaque mairie 500 hommes par légion et en les commandant, dès ce soir, sans bruit et sans rappel battu , , on serait à même de suffire à toutes les éventualités probables. L'Assemblée nationale ne doit pas être troublée ni gênée dans ses délibérations par une pression extérieure. Mais le droit de pétition est saint et il doit être respecté. Pour garantir cette double condition, on pourrait interdire l'accès de l'Assemblée à toute multitude considérable, ma.is donner accès à un petit nombre de citoyens qui voudraient remettre la pétition à tel ou tel représentant, chargé de la soutenir ou de la développer à la tribune.

« En agissant avec fermeté et justice, avec tranquillité comme avec mesure, nous maintiendrons la parfaite indépendance de l'Assemblée, sans nuire au droit de pétition.

« Je vous invite, général, à vous entendre sur ce point avec M. le président et les questeurs, et j'espère qu'ils vous donneront des instructions dans le même sens. «

Lorsque M. Marrast rédigeait ces appréciations et ces prudents conseils, il connaissait les dernières déterminations des clubs, il avait reçu les affirmations si positives de M. Huber. Il traçait donc au général Courtais la conduite qui, dans sa pensée, devait éviter tous les écueils.

« M. Marrast avait reçu la lettre de M. Huber.

Le commandant général Gourtais avait assumé toute la responsabilité et il en comprenait la gravité. Aussi prit-il ses mesures immédiatement et avec une activité sans relâche.

Il fait adresser, par le sous-chef d'état-major, M. Saisset, aux colonels des légions, une première lettre qui leur parvient avant cinq heures :

« Par ordre du général commandant supérieur, les adjudants majors ont reçu l'invitation de faire réunir demain, dans chaque légion, une réserve de 200 hommes en cas de besoin.

« Le général me charge de vous dire qu'il est nécessaire que cette réserve soit portée à mille hommes, et il vous prie de donner les ordres que vous jugerez convenables pour qu'elle soit réunie à votre état-major demain matin à neuf heures, sous les ordres d'un chef de bataillon, pour y attendre les instructions que les circonstances pourront nécessiter. »

Dans chaque légion chaque major exécute cet ofdre dès sa réception.

Gela ne suffit pas au général commandant ; il convoque les colonels pour le soir.

A l'heure indiquée, tous, deux ou trois exceptés, sont réunis. On prévoit les éventualités du lendemain, la force probable du rassemblement, la crainte qu'il peut inspirer, les dispositions à prendre dans chaque légion.

Après mûr examen, il est décidé que la première légion occupera le pont de la Concorde ; la deuxième, le pont National; la troisième, le Carrousel; la quatrième, le Louvre. Les cinquième et sixième seront prêtes à s'étendre sur les quais voisins de l'Hôtel-de- Ville, les septième, huitième et neuvième étant plus spécialement consacrées à sa défense. La dixième, qui est près de l'Assemblée, dans le quartier St-Germain, devra y rester pour être portée plus tard sur le quai d'Orsay. Les onzième et douzième seront préposées à la garde du Luxembourg.

Cette conférence, d'où devaient sortir les destinées du lendemain, avait duré deux heures, de huit heures et demie à dix heures et demie. Dans la pensée du général Courtais, cette délibération commune de tous les colonels offrait plus de sécurité que des ordres transmis isolément: ces chefs puiseraient dans celte entente des éléments d'assurance et de fermeté, chacun d'eux pouvant compter sur le concours promis de ses collègues. De plus il était utile et sage de leur accorder une certaine initiative : la garde nationale ne pouvait être astreinte à la rigoureuse discipline de l'armée ; depuis sa réorganisation, les colonels avaient, pour l'accomplissement des ordres, une certaine latitude mesurée ; les incidents imprévus qui naissaient fréquemment avaient exigé qu'on leur réservât des décisions spontanées au point de vue du but à atteindre. Le général croyait donc que des instructions d'ensemble, soumises à leur examen, à leur discussion, seraient mieux comprises et mieux exécutées. Il avait

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