CHAPITRE QUATRIÈME
servir avec un jugement plus dégagé et une main plus habile.
Le commandant général ne quitta le travail, dans la nuit du 14 au 15, à deux heures, que pour le reprendre à cinq heures du matin, après ce court intervalle de repos. Il reçut, à ce moment, la visite de plusieurs délégués du faubourg Saint- Antoine, qui accouraient lui dire que, fatigués, exaspérés des agitations dont la perpétuité empêchait la reprise du travail et des affaires, ils étaient déterminés à enlever, vers dix heures, le poste de la maison Sobrier. Il les en dissuada, en leur démontrant la gravité d'un conflit qui compliquerait une situation déjà si tendue; et il écrivit au secrétaire général de la Commission exécutive :
« Mon cher Pagnerre»
a Les nouvelles que je reçois sont tranquillisantes sous le rapport des intentions. Quant au nombre, il sera considérable. Ils regardent comme une espèce de défl et de point d'honneur de se porter à la Chambre. Il avait été question d'y arriver avec des armes, mais ils reculent devant cette pensée. Toutes mes précautions sont prises. La garde nationale est toute prête. Le Gouvernement est gardé par deux bataillons de la onzième et de la douzième légion. Le lieu tenant- colonel Pascal prendra le commandement, pendant que Quinet sera à la Chambre, lequel pour-
tant m'a dit hier soir qu'il accourrait au premier signal auprès du Gouvernement.
« Les ouvriers du faubourg St-Antoine viennent de me faire dire qu'ils étaient très-disposés à en finir avec les agitateurs.
« Ils veulent venir enlever Sobrier. J'en ai prévenu le préfet de police. »
En effet, dès 5 heures du matin, le général avait envoyé M. Ghabrier, chef d'escadron d'état-major, transmettre au préfet des renseignements et en réclamer. M. Ghabrier trouva la cour encombrée de Montagnards, les fusils en faisceaux. Introduit près de M. Gaussidière, qui était couché, il lui remit la lettre de M. Gourtais, dont voici la substance : « Une convocation des colonels des légions de Paris a eu lieu à l'état-major. Ils sont unanimes pour reconnaître l'esprit d'ordre de la garde nationale ; cependant ils craignent qu'en cas de rappel une collision n'éclate entre les postes des Montagnards et la garde nationale qui les accuse de dispositions hostiles. Veuillez en même temps me faire connaître l'esprit de la manifestation qui est annoncée pour aujourd'hui. »
M. Ghabrier, ne recevant de M. Gaussidière qu'une réponse verbale, par laquelle il invitait le général à ne pas faire battre le rappel, réclama une réponse écrite. Malgré l'observation du préfet qu'il était retenu dans son lit par une luxation de genou, M. Ghabrier insista; et M. Gaussidière dicta alors au commandant des Montagnards, Gallot, une réponse ainsi résumée : a La manifestation annoncée pour aujourd'hui doit