‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 71 sur 164 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

C'est l'heure de la garde montante, descendante et de la parade. Il éprouve une certaine répugnance à y assister : des soins plus graves l'appellent ailleurs. Mais sur l'insistance des chefs, toutes les instructions pour la sécurité étant données, toutes les mesures prises, il cède et obéit à la coutume.

Il est onze heures un quart.

De petits incidents, qui passent inaperçus dans la vie usuelle, entraînent souvent des conséquences funestes dans les grandes circonstances. L'attente de son cheval, celle de son escorte lui font perdre un quart d'heure. A onze heures et demie, il donne un dernier ordre à la troisième légion de se transporter sur le quai d'Orsay, et part, enfin, suivi de deux officiers seulement, pour se rendre à la place de la Concorde, par la rue de Rivoli.

Le président de l'Assemblée devait compter sur l'exécution de ses prescriptions de la veille.

Le matin même, il fut confirmé dans cette conviction par une lettre du général Courtais, qui, détaillant minutieusement les précautions prises et la position de chaque légion, « toutes devant accourir au premier signal, a le priait « d'avoir sous la main M. Ramon de la Croisette pour les cartouches déposées chez lui » ; et l'informait que a la quatrième légion était de service à l'Assemblée. »

Cette lettre communiquée aux questeurs, MM. De-

gousée, Bureaux de Puzy et le général Négrier, le président veilla lui-même au classement des bataillons de la garde mobile, qui arrivaient. Il eut soin d'en masser un sur le pont et un autre sur les marches extérieures du palais.

M. Bûchez pouvait donc avoir pleine confiance pour la sécurité de l'Assemblée; cependant une missive du préfet de police vint jeter quelque inquiétude dans son esprit :

« Il y a ce matin réunion d'un grand nombre de citoyens qui se proposent de se porter à la Chambre pour manifester leurs sympathies en faveur de la Pologne et provoquer une décision de la part de l'Assemblée.

« Cette manifestation se fera sans armes. Il n'y a de troubles à craindre que de la part de quelques membres du club Blanqui, dont la réunion a lieu en ce moment au boulevard du Temple, et qui seront, dit-on, armés de pistolets qu'ils tiendront cachés. Je prends mes mesures en conséquence, et, si je puis me rendre à la Chambre, je vous tiendrai verbalement au courant de ce qui se passera. Dans le cas contraire, je vous ferai connaître par des agents sûrs des intentions que je surveille.

« P.-S. Dix heures un quart. J'apprends à l'instant que, nonobstant toutes mes prévisions, plusieurs citoyens, dont le nombre peut grossir, se rendent en armes aux divers lieux de réunion. Ceux-ci seront plus spécialement soumis à une surveillance active. »

Lecture faite de ce post-scriptum, M. Bûchez, à

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