CHAPITRE QUATRIEME
répondent quelques acclamations. Les fenêtres sont encombrées de spectateurs. Le cortège prend un air de fête.
Telle apparaît la démonstration à la Commission du pouvoir exécutif, et cette disposition est confirmée par un officier d'ordonnance de M. Caussidière, venant, en son nom, faire savoir que a la manifestation qui se dirige vers l'Assemblée nationale est conduite par des hommes dont le préfet répond comme de lui-même. »
Des estafettes sont envoyées dans toutes les directions ; les rapports se succèdent.
Le cortège arrive au boulevard du Temple. Blanqui, ses affidés et sa société, rassemblés devant le théâtre de la Gaité, se jettent au premier rang et prennent la tète.
La colonne grossit en avançant. A son passage, — onze heures et demie — devant la porte Saint-Denis, on peut en évaluer le chiffre à vingt-cinq mille hommes, marchant en ordre parfait, par rangs de quinze à vingt, encombrant le milieu de la chaussée.
Un peu plus loin, elle s'accroît d'un millier d'ouvriers des Ateliers nationaux.
Les rapports continuent et signalent quelques armes cachées sous les vêtements.
La colonne s'étend et grossit toujours.
M. Lamartine, persuadé que la présence d'un membre de la Commission peut être utile à l'Assemblée, se
transporte au palais de la représentation nationale, afin de se concerter avec le président et les questeurs.
M. Garnier-Pagès, malgré la certitude acquise de la fidèle transmission de tous les ordres, sent naître en lui quelque doute sur la précision de leur exécution, en voyant l'accroissement de la foule qui se dirige vers l'Assemblée. Ne perdant pas de vue que le point capital à garder c'est le pont de la Concorde, et craignant que cette position stratégique ne soit pas suffisamment protégée, il écrit au général Gourtais d'y masser la garde nationale. MM. Marie et Ledru-Rollin signent cette lettre avec lui. Mais, ces messieurs lui ayant fait observer que, suivant les rapports du matin, les prescriptions de la Commission avaient été ponctuellement accomplies, la lettre est déchirée. Il en fut de même, et pour les mêmes motifs, d'une lettre que M. Garnier- Pagès écrivit peu après au président de l'Assemblée.
On attendait avec impatience les avis du commandant général, lorsque parut un officier d'état-major, M. Barjaud, accouru au galop de son cheval, et porteur de ces derniers renseignements :
Le général, parti à onze heures et demie des Tuileries, arrivé rue de Rivoli à la hauteur de la rue du Dauphin, avait détaché en reconnaissance, vers les boulevards, M. Lucas, élève de Saint-Cyr. A peine parvenu rue Castiglione, M. Lucas était revenu à fond de train pour prévenir le général que le cortège avait atteint le débouché de la rue Louis-le-Grand et qu'il ne portait pas d'armes apparentes. Le général, surpris de la rapidité de cette marche, avait chargé M. Barjaud d'en