CHAPITRE QUATRIÈME. ISi
informer la Commission executive et de lui demander si elle n'avait pas de nouveaux ordres à lui donner.
« Toutes nos prescriptions ont-elles été fidèlement exécutées ? » fut la première question. — « Le général a commandé mille hommes par légion et agi conformément aux instructions de la veille, mais j'ignore s'il a pris de nouvelles mesures. Je ne réclame que dix minutes pour aller près de lui et revenir. » — a Allez donc, ventre à terre ; et, en passant, faites masser la garde nationale sur le pont de la Concorde. »
M. Barjaud s'élance à toutes brides, rencontre sur le pont un bataillon de la garde mobile marchant par sections, donne au capitaine commandant le premier peloton l'ordre de barrer le passage, rejoint au galop, près le Ministère de la marine, le général entouré de groupes, et lui communique les désirs de la Commission. « J'ai fait tout ce qui a été arrêté hier, » réplique M. Courtais, et, lui remettant des dépèches : « Portezleur cela et dites-leur que par suite tout ira bien. Insistez pour savoir s'ils veulent que je prenne de nouvelles dispositions. »
Retourné au Luxembourg, M. Barjaud s'adressa d'abord à MM. Ledru-Rollin et Marie qui partaient pour l'Assemblée et qui devaient, s'il y avait lieu, donner, de vive voix, des ordres au général.
La Commission exécutive, en effet, venait de décider que, pour mieux remplir son devoir, elle devait
diviser son action, que trois de ses membres, MM. Lamartine, Ledru-Rollin et Marie, se rendraient à l'Assemblée nationale, et que les deux autres, MM. François Arago et Garnier-Pagès, et le secrétaire général, M. Pagnerre, resteraient au Luxembourg. Les premiers surveilleraient ainsi de plus près les événements et donneraient les avis nécessaires pour parer aux éventualités; les seconds, selon ces éventualités, prendraient des mesures actives et décisives.
Persuadé que le moyen le plus sûr et le plus habile d'empêcher toute collision et de prévenir toute tentative de la foule contre l'Assemblée, était d'opposer simplement des masses à des masses, toujours préoccupé de la nécessité de grouper sur le pont des forces suffisantes, M. Garnier-Pagès expédia de nouveau au général Courtais un officier d'ordonnance, pour lui recommander expressément d'accumuler sur ce point le plus de gardes nationaux possible.
En même temps, poursuivi par cette idée fixe, il pria M. Pagnerre d'aller lui-même reconnaître la position, et, si le pont n'était pas suffisamment couvert, d'y faire entasser des bataillons.
A 1 heure 10 minutes, l'officier d'ordonnance rentrait. Son cheval s'était malheureusement abattu en route. Il avait perdu quelques minutes: et il était arrivé trop tard. La foule passait le pont mal défendu.
Aussitôt, avant même de savoir si l'Assemblée est
envahie, d'un mouvement spontané, subit, M. Garnier-Pagès se décide à noyer, comme au 16 avril, toute