‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 79 sur 164 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

pour s'opposer à cette immense colonne qui, depuis onze heures, roule à travers les boulevards et va, comme une avalanche, tomber sur l'Assemblée ?

A l'entrée et de chaque côté du pont, sur les trottoirs, faisant face à la place, quatre-vingt-dix hommes (premier bataillon, quatrième légion), appuyés par deux cents hommes (troisième bataillon, même légion), commandés par M. Varin et le major Rougeot ;

Sur le pont, deux compagnies (huitième bataillon de la garde mobile) ;

Sur le quai, le long du jardin de la Présidence, les six autres compagnies du huitième bataillon ;

Sur les degrés du palais, derrière la grille, le cinquième bataillon de la garde mobile ;

En bataille, devant la grille, trois à quatre cents hommes de la dixième légion, sous le commandement du chef de bataillon Bonami ;

Du côté de la place de Bourgogne, le poste seul, (quatrième bataillon, troisième légion, capitaine Gouaux), cent hommes, sur trois cents convoqués, et dont la plupart assistent à la séance de la Chambre.

Telle est la position défensive de l'Assemblée !

Il est important d'examiner les causes principales de son insuffisance.

Encore mal réglée et incomplètement organisée, brisée par des appels répétés lejouretla nuit, accoutumée

à des agitations sans motifs et sans résultats, peu dis-

m COMMISSION EXÉCUTIVE.

posée à prévenir, toujours prête à réprimer, lente à se mouvoir quand le péril n'était pas imminent, prompte à l'action contre un danger présent, tenant pour inoffensive toute invocation en faveur de la Pologne, la garde nationale, convoquée à domicile dans la soirée et dans la nuit seulement, n'avait que de faibles détachements là où elle devait avoir des bataillons.

Pourtant, pleine de zèle, la première légion a complété ses mille hommes ; mais, ainsi que je l'ai dit, par une méprise funeste, elle reste renfermée dans la mairie. Son colonel, homme de cœur, rompu, par vingt-cinq années de service, à la discipline militaire, attend des ordres écrits, que le sous-chef d'étatmajor croit inutile d'expédier. Représentant, il traverse, pour se rendre à l'Assemblée, le pont où sa mission l'appelle, lui et sa légion. Il voit la faiblesse des préparatifs. Il peut en avertir le président, les questeurs, réclamer, envoyer de nouveaux ordres. La manifestation va bientôt déborder. Et au lieu de s'enquérir, d'agir, il attend, inquiet, pense que l'on a dû mander enfin sa légion, et il ne va pas lui-même vérifier le fait.

Le commandant général n'a rien négligé, on Ta vu, pour accumuler ses mesures préventives. Il leur a consacré la nuit et les a complétées dans la matinée. Mais, se fiant à ses prescriptions, il s'attarde prés de deux heures à la parade, au lieu d'aller de sa personne s'assurer de l'exécution de ses ordres. Il est attéré par la rapidité de la marche du cortège dont le préfet de police lui a laissé ignorer le départ. Il arrive enfin de-

Page 1