CHAPITRE QUATRIEME. Mit
vant le palais. A la vue de I nexécution de ses ordres, son dévouement se déconcerte. Il n'appelle pas la 2 e légion qui est à deux pas; au lieu de grouper sur le pont toutes les forces disponibles comme un lempart infranchissable, il fait ouvrir à de lourdes charrettes un passage sur ce pont déjà mal protégé ; et il ne reste pas pour faire exécuter le mouvement de concentration qu'il dit avoir prescrit. Puis, l'espérance de maîtriser la foule par son influence personnelle et la crainte de la guerre civile vont bientôt l'engager dans une série d'actes et de démarches qui passeront pour faiblesse et trahison, quand il croira n'avoir été guidé que par la prudence et par son amour de la République.
Le président de l'Assemblée provoque toutes les précautions, fait masser en sa présence un bataillon sur le pont, réitère cet ordre par le commissaire de police Bertoglio; et le général Négrier, questeur de l'Assemblée, habile tacticien, dégarnit le pont, n'y laisse que deux compagnies et l'ouvre à la circulation, malgré les observations prévoyantes du chef de bataillon.
Quant au préfet de police, il est absent.
Ainsi, le trouble et l'indécision annihilent les intentions de répression. De même, le trouble et l'indécision égarent l'esprit des meneurs.
Il y a parmi les chefs des clubs autant de mobiles
que de bannières. Si cette masse mouvante est, en
grande partie, attirée par ses seules sympathies pour une nationalité opprimée, parmi elle il est des hommes qui couvent des intentions secrètes : pression sur l'Assemblée, affaiblissement de la représentation nationale, domination des clubs, renversement du Gouvernement, triomphe de certaines théories, anéantissement de la République par l'anarchie, intrigues des agents étrangers, nécessité de créer des sauveurs de l'ordre, toutes les passions hostiles, les ambitions coupables, les pensées dissolvantes se voilent d'un sentiment élevé et généreux pour enfanter le chaos.
Le cortège s'avançait vers la Madeleine ; et ceux qui le dirigeaient, dont le but apparent était le dépôt d'une pétition, n'avaient pas de pétition! Ayant vainement attendu celui qui devait en achever la rédaction, se trouvant dans cet extrême embarras de n'avoir rien à présenter à la barre, Huber avait prié M. Dandureau, vice-président du Comité centralisateur, de réclamer la pétition de M. Raspail, déjà déposée à la tribune par un représentant. M. Dandureau avait expédié un jeune homme à M. Raspail, dont le club s'était groupé à l'arsenal; et M. Raspail, porteur de sa pétition, avait pris une voiture pour reprendre à la Madeleine la tête de la colonne. Ce n'est pas là l'incident le moins étrange de cette étrange journée.
A la Madeleine — midi un quart — il y eut une halte. Des colloques s'établissent. L'abbé Châtel, monté sur un banc, pérore et excite. Les amis de Longepied, survenus, s'épuisent en efforts pour obtenir que le cortège s'arrête là et n'envoie que des dé-