CHAPITRE QUATRIÈME
légués à T Assemblée. Ils ne sont pas écoutés. Cependant quelques-uns expriment l'intention de stationner à l'Obélisque. D'autres persistent à exiger les honneurs de la séance ; les plus exaltés aspirent toujours à susciter, sans l'avouer, une conflagration générale.
La multitude encombrait la place de la Concorde. La colonne reprend sa marche, à pas serrés, proférant toujours les mêmes cris : Vive la Pologne! vive la République! Au moment où elle débouche par la rue de la Concorde, sur la place — midi et demi — les mille gardes nationaux de la i r- légion, commandés par M. Bourcard, débouchaient par la rue des Champs- Élysées. Soudain, une partie du cortège se détache, se précipite devant le bataillon, lui ferme le passage, l'enveloppe, l'apostrophe, tandis que la tête de la colonne s'élance vers l'obélisque.
M. Bourcard voit la place inondée par une foule immense, des tentatives de désarmement, vigoureusement repoussées par les gardes nationaux. Que doit-il faire ? tenter de s'ouvrir un passage, baïonnettes en avant, jusqu'au poste qui lui est assigné sur le pont? commencer la lutte? prendre cette initiative douloureuse? ses ordres vont-ib jusque-là? Il ne le pense pas, et il dirige son bataillon au pas de course, par les Champs- Élysées et le pont des Invalides, et va se former en rangs compacts devant le nouvel hôtel des Affaires étrangères.
COMMISSION EXÊCUTtVE.
La colonne lancée a dépassé l'obélisque et atteint le pont. Là, devant elle, sont les 300 hommes de la 4 e légion. Par un mouvement spontané, elle les entoure, les pousse, se glisse dans les rangs. Vainement les officiers l'interpellent, réclament, menacent; leurs voix se perdent dans le tumulte. Froissés, cernés, ils offrent vainement de laisser passer une députation. Les clameurs seules répondent : A l'eau! à bas les baïonnettes ! La pression est plus forte que la résistance. La colonne déborde, entraînant avec elle le commissaire de police Bertoglio, qui a inutilement essayé de parlementer.
Les gardes nationaux, demeurés impuissants parleur petit nombre, le capitaine de la 2 e compagnie du 1 er bataillon donne le signal delà retraite; les autres suivent et retournent au point de départ.
Après la retraite de la garde nationale , les deux compagnies de la garde mobile, rangées sur les trottoirs, surprises, regardent s'écouler la foule, sans pouvoir la contenir.
Cette foule, qui, en ce moment, se répand comme un torrent sur la place et sur le pont, est très-difficile à évaluer. Les rapports et les journaux du temps énoncent des chiffres bien différents : trente mille et soixante mille. Il est à présumer que la vérité n'est ni au-dessous ni au-dessus.
Cette masse affluait devanl le palais à l'instant