CHAPITRE QUATRIEME. iVÔ
où les quatre cents hommes de la 10* légion prenaient position devant la grille en face le pont. — Midi trois quarts.
Là, même froissement de la foule et de la garde nationale, même tumulte, mêmes clameurs, attaque et résistance semblables, mêmes tentatives, mêmes menaces! La foule presse la foule; et la pression devient irrésistible. Les premiers sont acculés aux grilles par ceux qui suivent. Les chefs se heurtent à la porte qui vient d'être fermée par les ordres des questeurs, MM. Degousée et Bureaux de Pusy. Le général Gourtais, à cette porte de la grille, cherche à contenir et à parlementer.
Le bruit a retenti jusque dans l'Assemblée. Les membres de la Commission exécutive, MM. Lamartine, Ledru-Rollin et Marie, suivis de plusieurs représentants, MM. Clément Thomas, Lacordaire, etc., accourent sur les degrés du péristyle. Ils sont saisis par cet aspect à la fois grandiose et pittoresque de toute foule immense répandue sur un vaste espace. Pour me servir de l'expression de l'un d'eux : c'était une mer de têtes qui s'étendait jusqu'à la Madeleine. Lamartine veut parler; des cris de : A bas Lamartine! bientôt comprimés, témoignent des divers sentiments qui inspirent les agitateurs. Il parvient à faire écouter quelques chaleureuses exhortations. M. Ledru-Rollin essaie à son tour de calmer les esprits ; et sa voix populaire invoque le respect dû à la souveraineté et à la représentation nationale. Efforts inutiles! S'ils réussissent à jeter quelque hésitation dans le cœur de ceux
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qui, les plus rapprochés, peuvent les entendre, les plus exaltés, enflammés, excités par la proximité du but, n'en sont que plus ardents et plus audacieux. Ils s'abattent contre les grilles qu'ils semblent vouloir briser, redoublent leurs cris : A bas les baïonnettes ! et tentent de désarmer quelques gardes nationaux qui commencent à se troubler. Ils adressent les mêmes cris aux gardes mobiles placés sur les marches derrière la grille d'entrée. Déjà les plus hardis montent à l'escalade.
Il est un moyen qui, l'avant-veille, a été couronné d'un plein succès, c'est l'admission, dans la salle des Pas-Perdus, des délégués porteurs de la pétition. De l'avis de MM. Ledru-Rollin et Marrast et d'un grand nombre de représentants, il faut y recourir. Par cette admission, on peut espérer de calmer l'effervescence, de détourner l'orage, d'épargner à la France le désastre, la honte d'une violation de l'Assemblée. Le général Courtais, malgré les questeurs, prend sur sa responsabilité de faire cette concession pacifique et donne ordre aux gardiens de laisser entrer seulement une vingtaine de délégués.
Mais, la porte entrouverte, Blanqui, Sobrier, Flotte, Lacambre, Laviron, Pujol se précipitent, suivis d'une cinquantaine d'individus, qui se glissent avant que la porte soit refermée. Une trentaine des plus violents franchissent les murs du jardin.