‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 83 sur 164 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Le questeur, M. Degousée, commande aux gardes mobiles de charger les armes. Mais c'est la première fois que les gardes mobiles, tous enfants de Paris, se trouvent face à face avec le peuple. Malgré les exhortations des officiers, ils hésitent. Quelquesuns, joyeux du bruit, s'amusent de celte scène tumultueuse, sourient au désordre, sans en calculer les tristes conséquences. D'autres, se sentant dans leur élément, mettent la baguette dans leurs fusils. La plupart cependant semblent disposés à obéir. Le général Courtais voit cette situation douteuse et craint un désarmement volontaire ou une collision sanglante. Il recule devant l'horreur d'une guerre civile. Il ne croit pas la masse animée d'intentions hostiles. Il pense que la manifestation doit s'éteindre comme les manifestations antérieures, si le combat ne s'engage pas, et pour éviter le combat, pour satisfaire à ce qui lui parait la nécessité du moment, il cède aux cris de la multitude et ordonne de remettre la baïonnelto dans le fourreau. Le commandant Bassac no veut pas exécuter l'ordre s'il ne lui est donné par écrit. Le général trace ces mots au crayon sur le calepin de M. Bassac : a II est ordonné au commandant de faire remettre les baïonnettes. »

L' officier d'état-major, M. Martinet, au milieu des quatre cents gardes nationaux de la 10 e légion, les voyant enveloppés et sur le point d'être désarmés, mù par le même sentiment, donne le même ordre. Les deux mouvements se succèdent presque immédiatement. Les clameurs se transforment en acclamations. Les

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cris de : Vive la mobile! Vive la République! retentissent. L'effervescence s'apaise, les tentatives de violence contre la garde nationale cessent à l'instant.

Mais, dans cette masse roulante et fiévreuse, qui devient de plus en plus compacte et dont le flux et le reflux varient sans cesse, l'agitation, le délire renaissent rapidement. La grille, ouverte à M. Raspail, porteur de la pétition, est de nouveau franchie par un certain nombre de meneurs.

La foule, qui a tourné par la rue de Bourgogne, trouve toutes les portes closes, enserre 200 gardes nationaux du 3' bataillon de la 10 e légion qui se croisaient avec elle, se répand sur la place, court s'entasser devant les colonnes à soubassement de la façade et s'abat sur la grille d'entrée. Derrière ces colonnes et cette grille, pour arrêter cette irruption redoutable, une cinquantaine de gardes nationaux du poste, réduits à agir individuellement, répugnant à employer la baïonnette, repoussent, de la crosse de leurs fusils, l'escalade, l'ascension et le bris de la grille.

Le général Courtais, prévenu du danger, s'éloigne du quai et accourt, suivi de MM. Thénon et Étienne Arago. Il espère encore, par un appel au patriotisme et à la raison, maîtriser et calmer la multitude. Il se sert d'une chaise et d'une table pour gravir le soubassement. Là, soutenu par un garde national, il jette, d'une voix émue, ces paroles coupées : a Respect à la

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