‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 84 sur 164 · CHAPITRE QUATRIEME. I HO · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. I HO

représentation nationale! On fera droit à votre pétition ! Elle sera entendue par l'Assemblée! Mon devoir est d'empêcher l'envahissement de l'Assemblée!... » Il n'obtient que des murmures. Tandis qu'il parle, à ses pieds, quelques individus, portés les uns sur les autres, échelle vivante, tentent l'escalade du soubassement dont le sommet est à deux mètres du sol. Un ouvrier, vêtu d'une blouse blanchâtre, dans cette audacieuse tentative, tombe sur un artichaut de fer, se blesse, pousse un cri de détresse; ému, le général le soulève, n'a que le temps de l'arracher à cette torture, et tombe à son tour, culbuté, maltraité par les envahisseurs, sur M. Etienne Arago, qui, avec M. Gouaux fils, le soutient et le relève.

En ce moment, la porte principale, ou fléchissant sous la pression de la foule, ou franchie et ouverte, la multitude se précipite. Vainement les gardes nationaux, aidés de quelques ouvriers invoqués par eux, s'efforcent de barrer le passage à la masse, le bruit d'un coup de feu involontaire exaspère les envahisseurs. I^eur colère, leur fureur s'exhalent par ces cri3 insurrectionnels : a On nous trompe! Il faut en finir! Il faut balayer tout cela! On veut nous massacrer! » Les gardes nationaux montrent leurs fusils sans baïonnettes et non chargés. Ce geste suffit pour empêcher la lutte, mais non l'envahissement.

Les premiers qui ont pénétré se perdent dans les couloirs, parviennent jusqu'aux tribunes et s'y entassent avec fracas. Parmi ceux qui ont forcé l'entrée se trouve Huber, l'instigateur, agent mystérieux de l'inconnu,

qui, la veille, protestait sur sa tête des intentions pacifiques de ses adhérents.

Il est une heure.

Dans la salle des Pas-Perdus, un certain nombre de personnes, attirées dès le matin par la curiosité ou par l'intérêt de la séance, sollicitaient de représentants amis la faculté d'entrer dans des tribunes réservées, lorsque les premiers délégués des clubs introduits par la grille du quai pénétrèrent dans cette salle. Isolés de la foule, dispersés tout d'abord, saisis d'une certaine indécision, retenus par un certain respect, ces meneurs vinrent se heurter à la porte du couloir qui conduit à la salle des délibérations. M. Hingray, représentant, colonel de la dixième légion, se plaçant résolument à cette porte, leur en interdit l'entrée. Soutenu par M. Antony Thouret, par un garde national de faction, M. Delahoche, et par deux ou trois ouvriers, il offrit à leurs tentatives réitérées une résistance opiniâtre. M. Antony Thouret, vieux républicain, s'écriait avec exaltation : oc Malheureux ! vous violez l'Assemblée nationale 1 vous flétrissez le suffrage universel ! vous tuez la République ! » Ces efforts réunis retinrent assez longtemps les délégués à cette porte, jusqu'au moment où M.Xavier Durrieu vint chercher les porteurs de la Pétition pour les introduire dans le douzième bureau. L'envahissement de la salle des séances, par d'autres issues, était déjà un fait accompli.

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