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de vestes, d'uniformes. Tous attendaient avec avidité et anxiété les nouvelles de ce qui se passait dans le sein de la Chambre. Les affiliés des clubs étaient fidèlement avisés. Chaque parole, chaque fait, chaque incident, les discours de Raspail, de Blanqui, se répercutaient de l'intérieur à l'extérieur, passaient de bouche en bouche et soulevaient les plaintes ou les approbations, les murmures ou les applaudissements; les expressions les plus blessantes trouvaient de l'écho. L'histoire ne peut recueillir tous ces mots injurieux, grotesques, expressifs, qui sortent de la masse en des crises pareilles. La variété de ce vocabulaire parisien est immense. Cependant, au milieu de ces clameurs, rien n'annonçait des sentiments violents d'hostilité immédiate. L'initiative suprême de la lutte semblait, des deux côtés, par un accord tacite, réservée à l'intérieur de l'Assemblée ; et des tentatives de désarmement avaient complètement échoué. L'intervention de quelques hommes résolus avait suffi pour l'empêcher. Pas un garde national n'avait perdu son fusil.
La garde mobile s'était repliée sur les quais, sous le péristyle et dans le jardin. La 2 e lésion stationnait dans les Tuileries, la 10 e légion sur le quai et la place de Bourgogne. Un bataillon de la 5 e s'était arrêté rue de l'Université, dans l'impossibilité d'avancer. Un bataillon de la 6 e , commandé par MM. Lisbonne et Bonvallet, était parvenu sur la place de Bourgogne alors en pleine effervescence. Un bataillon de la 3°, sous les ordres de MM. Fallet et Robert, était devant le Conseil d'État ; les 1 ,000 hommes de la l rc , devant les
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Affaires étrangères; - la troupe de ligne, sur l'esplanade des Invalides.
La persuasion échouait; fallait-il employer la force? Vers deux heures, M. Clément Thomas crut que cela était possible. Laissons-le parler lui-même : « Lorsque je vis la tournure grave que prenait l'aspect de l'enceinte, je montai au fauteuil du président et lui demandai l'ordre de faire évacuer l'Assemblée. Je sentais la nécessité de prendre une initiative vigoureuse. Le président me fît observer que la plupart des hommes qui étaient là paraissaient armés, et qu'une collision pourrait devenir excessivement funeste. C'est vrai ! lui dis-je, nous sommes dans une crise trèsgrave, mais ce n'est que par une mesure énergique et décisive que nous pourrons en sortir. Donnez-moi l'ordre que je réclame ! M. Bûchez écrivit alors sur un morceau de papier, qu'il me remit : Citoyen Thomas! je vous ordonne de faire évacuer V Assemblée !
a Je sortis alors de la salle en franchissant la muraille qui sépare le jardin de la cour de Bourgogne. Un ouvrier, qui faisait partie de la manifestation, me prêta même son épaule pour descendre dans la rue. Je trouvai devant la grille un détachement de la 10* légion, commandé par son lieutenant-colonel. Je lui dis de me suivre avec ses hommes dans l'Assemblée. Le lieutenant-colonel voulut obéir, mais son détachement très -faible était littéralement noyé dans un flot de
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peuple. Je vis qu'il ne saurait remplir le but que je me proposais. Je courus à un détachement de mobiles qui était dans la cour qui précède celle des Pas Perdus. Je montrai Tordre dont j'étais porteur à son commandant, qui se dirigea avec moi vers la porte d'entrée. Mais à peine la tête de la colonne eut-elle pénétré dans la salle des Pas Perdus, encombrée alors d'une foule très-nombreuse, que beaucoup d'envahisseurs se précipitèrent au-devant des mobiles, en leur demandant s'ils avaient envie demassacrer leurs frères. Je vis bien que ce détachement serait encore insuffisant pour repousser la foule énorme qui encombrait non-seulement la salle des séances, mais encore toutes les issues.
« Informé alors, par M. Roger (du Nord), qu'une légion se réunissait en toute hâte à la mairie du 2 e , je courus au vestiaire revêtir mon uniforme et je me fis transporter au galop, dans la voiture du ministre des finances, à l'état -major de ma légion pour la ramener. »
Cet épisode, loyalement et simplement raconté, n'est-il pas le meilleur exposé de la situation? D'autres témoignages aussi véridiques vont compléter le tableau. •
Les questeurs, qui avaient reçu du président pleins pouvoirs pour agir et qui, au début, avaient voulu repousser, par les baïonnettes, l'envahissement, déli-
bêraient avec le commissaire de police, M. Yon, et reconnaissaient que s'ils avaient assez de troupes pour expulser les envahisseurs, ils ne devaient pas recourir à la force pendant que les représentants et les personnes étrangères étaient mêlés dans la salle, et cela de peur des malheurs qui pourraient arriver si les émeuliers faisaient usage de leurs armes.
L'un des questeurs, M. Bureau de Pusy, disait au lieutenant-colonel de la 10 e Légion, M. Timothée Dchay : « Dans la situation où nous sommes placés, tout mouvement prématuré peut compromettre gravement la vie des membres de la Représentation nationale, sans présenter aucune chance de succès... Il faut attendre... »
M. Perrée, représentant, maire du III e arrondissement, sortant de l'Assemblée pour aller chercher sa légion et rencontrant le commandant Delandre, de la 5° légion , qui se rendait avec son bataillon place Bourgogne, « lui recommandait d'agir avec prudence et de faire retirer les baïonnettes des fusils, ce qui fut exécuté d'après l'avis unanime des officiers. »
M. Flocon, ayant entendu des envahisseurs parler, en les désignant, de M. Taschereau, qui avait publié, dans la Revue rétrospective, des notes révélatrices contre Blanqui, et de M. Sénard, mêlé aux troubles dé Rouen, jugeait prudent de les prévenir d'un danger qu'ils pouvaient courir.
Le commandant général, après avoir vainement tenté d'aborder la tribune, revenu dans la salle des Pas Perdus, assailli d'interpellations acerbes, protes-