‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 98 sur 164 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

tant de son dévouement au peuple sans parvenir à calmer l'exaspération, et rencontrant M. Marrast, également accablé d'invectives, lui exprima l'intention de faire battre le rappel. Un clubiste, qui l'entendit, menaça aussitôt M. Marrast d'un pistolet, et cette menace ne fut détournée que par ces mois de M. Courtais : « N'ayez pas peur! nous ne ferons pas tirer sur le peuple! » En citant ce fait M. Marrast ajoutait : «Si un coup de feu eût été tiré, je ne sais pas ce que nous serions devenus. »

Dans un groupe de représentants, le commandant général répondait à l'un d'eux, M. Fargin-Fayolle : « Il y a bien assez de forces autour du Palais pour faire évacuer la salle, mais il est à craindre que les factieux se portent à quelques violences contre les représentants. » Et c'était l'opinion de tous ceux qui étaient présents à ce colloque.

Il répliquait à M. Glais-Bizoin, qui lui demandait pourquoi il ne faisait pas battre le rappel : « J'hésite, parce que ce serait le signai d'une lutte terrible. »

Enfin, l'esprit frappé des conséquences effroyables que pouvait entraîner le meurtre de quelques représentants, il se décida à écrire à son chef d'état-major, M. Guinard : « Je suis profondément affligé que vous ne soyez point ici, la salle est envahie. Les délégués m'avaient promis que le peuple n'entrerait pas. Il a forcé les portes. Ne faites pas Lattre le rappel, sous peine d'amener d'affreux malheurs. 2 heures troisquarts, le 15 mai 1848. »

COMMISSION EXÊCUTIVE

Mais les ordres de rappel donnés par M. Garnier- Pagés, au nom de la Commission executive, étaient antérieurement et ponctuellement parvenus. — Les rapports des maires et des colonels le constatent; à la 10 e légion, à une heure et demie; à la 1**, à une heure trois quarts. — C'est le bruit des tambours de ces deux légions, les plus rapprochées de l'Assemblée, qui retentissait dans la salle des séances et jetait le trouble parmi les envahisseurs. — Les 7 e et 9 e recevaient cet ordre à deux heures et demie ; les autres légions et les états-majors, entre deux heures et demie et deux heures trois quarts. Ces ordres avaient été partout rapidement exécutés.

Le général Guinard, quoique malade, avait repris la direction de 1 etat-major et transmis lui-même — deux heures trois quarts — les ordres de la Commission exécutive aux légions qui se trouvaient ainsi doublement averties. Pénétré de l'intention venue du Luxembourg d'étouffer le mouvement sous le nombre, il ne devait pas laisser enrayer son action par des contreordres venus de l'Assemblée, contre-ordres qu'il jugeait donnés sous la pression du moment. Il avait donc ainsi rédigé son appel :

a Paris, 15 mai 1848, 2 heures 45.

« Je reçois à l'instant l'ordre adressé au commandant supérieur par la Commission executive de faire

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