CHAPITRE CINQUIÈME. yOo
battre immédiatement le rappel dans toutes les légions de Paris et de la banlieue. Je m'empresse de vous le transmettre, avec invitation de le faire exécuter de suite.
« Vos bataillons se réuniront au lieu ordinaire de leurs rassemblements où ils recevront des ordres.
« Le chef d etat-major, Guinard.
« P.-S. — Aussitôt que vous aurez 500 hommes, vous les dirigerez sur la place de la Concorde. »
La Commission executive a donné l'impulsion. Autant le matin la garde nationale avait mis de tiédeur à se rassembler, autant, l'après-midi, elle apporte de promptitude à sc'masser. De toutes parts elle accourt et se forme en rangs compacts.
« — La i ro légion — écrit le lieutenant-colonel Joachim Clary, au Pouvoir exécutif — tient 8,000 hommes à votre disposition et demande des instructions. » Elles lui sont aussitôt données : 4,000 sont dirigés sur l'Assemblée, 4,000 sur le Luxembourg.
La 2 4 en masse, sous les ordres de son colonel, M. Clément Thomas, s'apprête à se porter au Palais des Députés pour s'en rapprocher sans engager la lutte. Le lieutenant-colonel Bouillon conduit les 1,500 hommes qui stationnent aux Tuileries, par les Champs- Elysées et le pont des Invalides auprès du bataillon de la i n légion devant l'hôtel des affaires étrangères. Sur un ordre du général Courtais, daté de trois
heures, il détache 400 hommes pour veiller sur le ministère des finances.
La 3" laisse mille hommes à la Banque, et, sous le commandement de son colonel, M. Thirion, se met en marche et rallie en passant son bataillon qui est sur le quai devant le Conseil d'État.
La 4 e , colonel Ramond de la Croisette, envoie immédiatement un bataillon à l'Assemblée.
La 5% colonel Favrel, dès l'avis venu du Luxembourg, dirige un bataillon sur l'Hôtel-de-Ville et un autre sur l'Assemblée.
La G% colonel Forestier, expédie un second bataillon pour rejoindre celui qui est place de Bourgogne.
La 7*, dont le colonel, M. Dauphin, a eu les ordres signés : Garnier-Pagès, à deux heures et demie, s'est hâtée, conformément aux instructions données aux 7% 8 e et 9 e , d'envoyer deux bataillons à l'Hôtel-de- Ville.
La 8 e y installe un de ses bataillons.
La 9 e , commandée par le colonel Yautier, qui a reçu ses ordres à la même heure que la 7 e , vient y grouper ses hommes.
La 10°, colonel Hingray, renforce ses bataillons autour de l'Assemblée.
La 11", dont le colonel, M. Quinet, est accouru de la Chambre auprès de la Commission executive, et dont le lieutenant-colonel, M. Pascal, commande le bataillon de poste au Luxembourg, se réunit tout entière pour veiller sur le siéye du Gouvernement
CHAP1TKE CINQUIEME. 207
La 12' y est également survenue.
Le général Tempoure a reçu, à une heure, la visite du ministre de l'intérieur, qui, sortant du Luxembourg, lui mande de prendre sur-le-champ toutes les mesures concertées d'avance. Le général se transporte, avec un seul aide-de-camp, au palais de l'Assemblée, y parvient au moment de l'invasion, est enlevé de son cheval et entraîné par la foule jusque dans une tribune publique. Enfin il se dégage, va rejoindre ses bataillons sous le péristyle et donne mission à son chef d'état-major, M. Braquehey, d'amener les bataillons déjà réunis d'après les ordres de rappel de la
Le ministre de l'intérieur a transmis aux quarantetrois communes delà banlieue les ordres de rassemblement venus du Luxembourg.
L'Assemblée sera bientôt enveloppée par des flots de gardes nationaux et de gardes mobiles; 3,000 hommes sont autour de l'Hôtel-de-Ville, 4,000 gardent le Luxembourg.
M. Garnier-Pagès — trois heures — ayant, par les nombreux rapports qui se succédaient à tout moment, la connaissance exacte de cette situation , assuré désormais du concours de la garde nationale, va trouver M. François Arago, qui, accablé par la fatigue et par la maladie, s'était un instant retire dans sa modeste chambre. Il lui dit : a Cher collègue, voilà le nio-
ment de monter à cheval. Tout est préparé. Nous prenons 2,000 hommes au Luxembourg. Nous rallions la 10 e et la J re légion et les bataillons postés autour de la Représentation nationale. Nous cernons le Palais, nous délivrons l'Assemblée et ne laissons sortir personne. Nous saisissons tous les envahisseurs. »
« Etes- vous maître de la position? » répliqua M. François Arago.
« Oui , complètement. »
a Eh bien! Réfléchissez! Certes, il y aurait pour nous quelque renommée à acquérir, en faisant ce que vous voulez. Mais il ne s'agit pas de nous, il s'agit de la République. Vous êtes certain de tout comprimer. Je n'en doute pas, vous le dites. Mais, vous le savez, les rapports nous affirment qu'il y a des armes cachées sous les vêtements. De quelle fureur vont être saisis des hommes pris au piège! Et si quelques-uns, exaspérés par le péril, portent la main sur des représentants, si quelques meurtres viennent ensanglanter la première Assemblée du suffrage universel, la République est perdue pour longtemps peut-être, avec le suffrage universel lui-même. »
M. Garnier-Pagès, qui avait à cœur d'éviter toute effusion de sang et qui pensait triompher sans cette cruelle nécessité, réfléchit et hésita.
M. Pagnerre partagea l'opinion de M. François Arago. On convint que l'on attendrait de nouveaux avis avant de partir. Les chevaux furent sellés et bridés.