‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 10 sur 209 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

A Livourne, le 6 janvier, un placard, publié par les patriotes les plus impatients , avait provoqué une émeute; la présence des Autrichiens à Modène, le retard dans l'armement de la garde civique, l'occupation de la Lunégiane, en avaient été la cause ou le prétexte. Le ministre de l'intérieur Kidolplii avait comprimé cette émeute, secondé par la majorité des citoyens, qui craignaient de voir la liberté compromise par des mouvements anarchiques sans but sérieux et pouvant motiver l'intervention de l'Autriche. Les fauteurs de ces troubles, 3IM. Guerrazzi, Mastachi et quelques autres, avaient été transférés à Porto-Ferrajo.

Le 29 , l'arrivée de Del Carretto dans le port suscita un soulèvement, que le ministre, cette fois, ne put contenir. Les cris de Vive Léopold! Vive la constitution! La liberté de Guerrazzi! furent unanimes. Les chefs de toutes les nuances du parti libéral comprirent que l'occasion était venue, et qu'il fallait la saisir. A Pise, à Florence^ comme à Livourne, des démonstrations moins turbulentes, par cela niêuie plus imposantes et plus décisives, témoignèrent des sympathies générales pour le royaume des Deux-Siciles , et du désir ardent d'une charte qui reconnût et établît définitivement le droit de la nation.

Le grand-duc publia, le 31 , un projet de réforme sur la presse, un autre sur l'organisation d'une consulte d'État. Mais les demi-mesures, les demi-satisfactions ne pouvaient suffire. Charles-Albert ayant donné, le 8 février, une constitution au Piémont, le 11, Léopold

])romit une représentalion nationale conforme à la pensée de ses aïeux; et, le lo, il signa une constitution qui reconnaissait les grands principes de liberté, de tolérance et d'égalité, proclamés par les révolutions françaises. Elle fut publiée, le 17, au ])riiit du canon et aa milieu des réjouissances publiques.

Pie IX avait complété la série de ses réformes par un motu proprio sur l'organisation du conseil des ministres • et sur leurs attributions, qui ne fermait pas, mais qui n'ouvrait pas le ministère aux laïques : le Pape se réservait la faculté du choix. Les auditeurs à ce conseil, au nombre de vingt-quatre, devaient être pris seulement pour moitié parmi les laïques. La consulte d'Etat devait donner son avis sur toutes les questions, avant la délibération du conseil des ministres. Ce molu proprio, qui faisait succéder la régularité et une apparence de responsabilité à l'arbitraire et au caprice, était un progrès.

On le voit, le gouvernement papal devenait, non pas une monarchie représentative, mais, si l'on peut employer cette expression, une monarchie consultative. Pie IX ne voulait pas aller plus loin. Il croyait avoir assez fait pour mériter la reconnaissance du peuple et justifier sa popularité. Les protestations de l'Autriche, les conseils du gouvernement français, les objurgations des cardinaux, le retenaient dans celte dernière limite. Sa conscience même de chef de l'Église lui prescrivait de ne pas aliéner une autorité dont il n'était (juc le dépositaire. Aussi lui attribuait-on celte parole : u Je

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