CHAPITRE DEUXIÈME
ne veux pas me faire damner pour faire plaisir aux libéraux. »
Mais le peuple romain, qui aspirait à des institutions constitutionnelles sérieuses, avait reçu froidement ce motn proprio, et avait cherché à combattre des résistances dont il croyait connaître les sources diverses, par les manifestations des 1" et 2 janvier 1848. Le Pape, s'étant montré pour calmer les inquiétudes, avait recueilli de nouveaux témoignages de sympathie, mais adressés à sa personne seule, et clairement exprimés par ces cris de « Viva Pio solo ! »
La révolution de Naples devait causer une impression vive et soudaine sur des esprits ainsi disposés. La municipalité n'hésita pas à prendre l'initiative d'une fête pour célébrer « les réformes accordées conformément aux vœux et aux espérances des peuples ». Une adresse du sénat au peuple romain , signée par Tommaso Corsini et par huit conservateurs, revendiquait l'honneur de ces réformes pour Pie IX : « Romains, c'est à votre auguste souverain que sont dus principalement les heureux résultats qui, l'un après l'autre, ont amené l'accord des gouvernants et des peuples par le système du progrès civil , et qui ont essuyé tant de larmes et épargné tant de sang. »
Le 3 février, jour indiqué pour une illumination générale, les rues se tapissèrent de tentures et d'inscriptions; et, pour la première fois à Rome depuis 1831 , des drapeaux aux trois couleurs italiennes, rose, vert et blanc, furent arborés. Une procession de personnes de toutes conditions, gardes civiques, nobles, bourgeois, hommes du peuple, à la lueur des torches, les couleurs italiennes au chapeau et à la boutonnière, par- VI. 4
50 LA RÉVOLUTION DE i848 EN EUROPE.
courut le Corso. L'air retentit des cris habituels de Vive Pie IX seul, et des cris de Viveiit les Palermitains! Vive la conslilution ! Gloire à ceux qui répandent leur sang pour la patrie !
La journée du 8 fut une journée d'agitation. Le Pape, qui répondait aux sollicitations du peuple : » Non vo(/lio ! nonposso! » se décida à faire quelques concessions insignifiantes et à publier, le 10, une proclamation dans laquelle il s'écriait : « Romains, ne pensez pas qu'il reste sourd à vos désirs, à vos craintes , le Pontife qui, depuis deux ans, a reçu de vous tant de preuves d'amour et de fidélité. Nous ne cessons pas de méditer comment ces institutions civiles, que nous avons créées sans y être contraint par aucune force , mais uniquement guidé par le besoin du bonheur de nos peuples et par l'estime pour leurs nobles qualités, peuvent se développer et se perfectionner sans porter atteinte à ce
que nous devons à l'Église )> Il rappelait ensuite ses
concessions, ses intentions paternelles, et promettait d'introduire un certain nombre de laïques dans le conseil des ministres Le danger d'une guerre étrangère ne pouvait pas émouvoir et menacer le chef d'une religion qui comptait, avec trois millions de sujets, deux cents millions de frères, prêts à assurer le salut de
Rome « Je veux, )> ajoutait-il, le lendemain, en
bénissant, du haut du palais Quirinal, le peuple qui venait de nouveau réclamer une constitution , « que vous me promettiez que vos demandes n'auront rien de
contraire à la sainteté de cet État et de l'Église!
C'est pour cela que tous les cris qui ne sont pas ceux de mon peuple, mais d'un petit nombre d'hommes, je ne puis, je ne dois, je ne veux pas les admettre. »