‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 102 sur 209 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

président du conseil, le cardinal Anfonelli, qui, quoique cardinal lié personnelleincnl à rol)édienco du sainlpère, avait soutenu celle résolution avec autant de chaleur que ses collègues, les ministres signèrent à l'unanimité la déclaration dont nous donnons le résumé :

{( Alors qu'eut lieu l'insurrection lombarde, un esprit ardent de nationalité s'éveilla ! Partout un cri d'armes, un rassemblement de milice, un élan pour combattre l'étranger! Le gouvernement de Votre Sainteté cherche à régulariser et à diriger le mouvement , tout désordre évité. Jusque-là le gouvernement peut expliquer le fait de cette façon : que les troupes et les légions de volontaires allaient garder les frontières pontificales; cela ne suffit pas au sentiment national. L'armée, ai'rivée aux frontières, demande à les franchir.

» Une fois encore on peut détourner une explicite déclaration de guerre en répondant, suivant les intentions de Votre Sainteté, que l'on fasse dans la gravité des circonstances ce qui serait nécessaire à la sûreté et au bien de l'État. En réalité, cette instruction donnée aux généraux était bien l'autorisation de passer le Pô, et d'entrer en Lombardie. Le ministère ne le dissimula ni au pays, ni à Votre Sainteté.

» Mais depuis, vainement, ou par l'organe du président du Conseil, ou directement, les soussignés ont demandé à A'otre Sainteté de préciser ses pensées sur la guerre et sur la règle politique à suivre. Cette déclaration est indispensable à la sécurité de l'État. De cet acte suprême dépend l'avenir. Nous l'attendons avec anxiété, et nous vous présentons quelques considéralions.

» Chef de l'Église, ou prince de ses États! Au pre-

luier titre, Votre Sainteté tirera ses inspirations de Dieu et de sa conscience. Dans la partie temporelle, au-dessous de la première, il est de notre devoir d'examiner. Trois solutions se présentent :

» Ou Votre Sainteté consent à ce que ses sujets fassent la guerre ;

» Ou elle déclare absolument qu'elle ne veut pas que la guerre soit faite ;

» Ou enfin elle déclare que, tout en voulant la paix, elle ne peut empêcher que la guerre soit faite.

» Sur la première (juestion, le ministère considère la guerre comme un mal, mais comme le seul moyen de hâter, pour l'Italie décomposée, une paix durable qui ne pourra surgir qne de la juste conquête de sa nationalité.

)) Sur la seconde solution, le ministère a la ferme opinion que le pouvoir temporel du saint-siège en serait gravement compromis; on ne peut, sans frémir, songer aux réactions, aux désordres, qui en résulteraient à Rome et dans les provinces.

» Reste la troisième hypothèse : déclarer Votre Sainteté contraire à la guerre, mais ne pouvant l'empêcher. C'est affirmer l'anarchie! C'est détruire l'autorité morale du pouvoir, entraîner tous les maux que causerait la seconde solution : le refroidissement des princes; le découragement des volontaires retournant dans leurs foyers; la honte pour le souverain, s'ils restent au camp; le lien d'amour et de dévouement brisé, peutêtre pour toujours; l'interprétation maligne de l'étranger, qui dira que c'est une fourberie fondée sur les mots : car le gouvernement déclare empêcher, et il fournit des armes, des înunitions, des généraux. Il ap-

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prouve donc secrètenuMit une guérie (jiril repousse ouverîement.

» Et les trou{)es soldées et les volontaires qui, après cette déclaration, resteraient au delà du Pô, se trouveraient entièrement privés de ces droits cpie, même dans les guerres les plus furieuses, alors qu'elles ont été préliminairement déclarées, le droit des gens leur accorde! 3Iais ces hommes seraient traités en bandits, assassins, quoique sujets pontiticaux, sous le commandement de généraux choisis par Votre Sainteté , |)orlant vos couleurs : la bannière, la croix!

» Les soussignés présentent humblement ces considérations à Votre Sainteté, et, profondément inclinés, baisent le pied sacré de Votre Béatitude.

i) Rome, 25 avril 1848.

Les très-humbles et très-dévoués sujets : » Antonelli, Rechi, Minghetti, Aldobrandini,

SiMONETTI, PaSOLINI, StURBINETTI, GaLETTI. »

Soumettre à Pie IX de telles questions et réclamer de lui une décision, c'était, pour les ministres, déposer le pouvoir dans ses mains , prêts à le reprendre si la réponse était conforme à leur politique, résolus à se retirer si elle était contraire. Le pape parut s'émouvoir en lisant cet écrit, mais il n'y fit aucune réponse.

Un jour, un ami des ministres leur rapporta que l'ambassadeur de Russie, M. BoufenieH', et celui d'Autriche avaient témoigné, confidentiellement, quelque satisfaction de ce qu'on attendait du pape un acte favo-

rable à l'Autriche. Un des minisires s'en ouvrit franchement par écrit au saint-père. Pie IX persista dans un silence absolu; et, sans en avoir informé ni les ministres, ni le cardinal Antonelli, ni même son propre neveu qu'il aimait beaucoup, il prononça, le 29 avril, en consistoire secret, l'allocution suivante.

Pie IX traite de calomniateurs ceux qui prétendent, chose horrible à dire, qu'il s'est écarté des traces de ses saints prédécesseurs et de la doctrine de l'ÉiJjlise; ceux qui prétendent, surtout dans les régions autrichiennes de l'Allemagne, que le pontife, par des émissaires ou par d'autres moyens, a excité les Italiens aux changements survenus dans les choses publiques; ce qui donne occasion aux ennemis de la religion catholique de jeter dans les âmes le sentiment de la vengeance, et de leur inspirer la haine du saint-siége.

Pour ôter tout prétexte à ces manœuvres iniques, il croit devoir expUcjuer la série des événements.

11 expose l'historique des faits depuis la papauté de Pie VII, parle du mémorandum de 1831 et des concessions de Grégoire XVI, et rappelle le premier acte de son pontificat , l'amnistie et les transports de joie dont il dut modérer l'exaltation.

« Tout le monde connaît les commotions publiques en Italie, hors de l'Italie; si quelqu'un veut prétendre que la voie a été ouverte à de tels événements par les actes que notre amour et notre bienveillance pour nos peuples nous ont inspirés au commencement de notre règne sacré, celui-là se trompe et ne peut rien nous imputer de semblable... Quant à ceux qui ont abusé de nos bienfaits, nous leur pardonnons et demandons avec supplication à Dieu, père des miséricordes, de détour-

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