CHAPITRE NEUVIÈME
ses vives douleurs, et les tiraillements de sa conscience.
11 dit tous ses efforts, toutes ses peines pour le bien de la nation, ses prières à Dieu pour son bonheur. Il explique et atténue la portée mal interprétée de son allocution : Les crands événements survenus en Europe avaient insj)iré le dessein de faire de l'Italie une nation unie, compacte, capable de rivaliser avec les premières nations; l'Italie soulevée courut aux armes; les soldats et volontaires romains furent bénis et pourvus de chefs, avec les instructions pour s'arrêter aux frontières.
« Pçrsonne n'ignore nos paroles dans la dernière allocution, ou nous disons qu'il nous répugne de déclarer aucune guerre, mais où nous protestons en même temps que nous sommes dans l'impuissance de mettre un frein à l'ardeur de cette partie de nos sujets que transporte, à l'égard des autres Italiens, l'esprit de nationalité. Et ici nous ne voulons pas vous laisser ignorer que nous n'avons en aucune façon négligé dans ces circonstances les soins de père et de souverain, et que nous avons pourvu de la manière la plus efficace à la plus grande sûreté possible de ceux de nos fils et sujets qui, sans que nous l'eussions voulu, se trouvaient déjà exposés aux vicissitudes de la guerre. »
Cette explication se résume en ceci : il n'ordonne pas la guerre ; il la laisse faire , tout en désirant la paix.
« 0 mon peuple 1 « s'écrie Pie IX , « que t'ai-je fait? Ces malheureux (qui rêvent des victimes sanglantes) ne voient-ils pas, sans parler de l'excès énorme dont ils se souillent et du scandale incalculable qu'ils donnent à tout l'univers, qu'ils déshonorent la cause qu'ils prétendent servir, en remplissant Rome, l'État et toute
rilalie d'une s6rie infinie de maux?... 0 Seigneur! sauvez Rome, votre Rome, de si grandes calamités; éclairez ceux, qui ne veulent pas écouter la voix de votre vicaire ! Ramenez-les tous à de meilleurs desseins, afin qu'obéissant à celui qui les gouverne, ils passent moins tristement leurs jours dans l'exercice des devoirs de bon chrétien, devoirs sans lesquels on ne peut être ni bon sujet ni bon citoyen. »
.Mais la parole de Pie IX perdait son efticacité le jour où elle n'était plus favorable à la cause italienne. Elle ne portait plus dans les cœurs ni la persuasion ni la paix; elle n'était plus qu'un vain son. Les méfiances, les antipathies contre le gouvernement ecclésiastique se ranimaient vivaces ; les vices du clergé, vrais ou supposés, étaient exagérés; ses opinions passées, son inquisition barbare, son despotisme impitoyable, étaient des souvenirs qui irritaient une population exaspérée. Aussi cette proclamation, qui n'affirmait pas la guerre de l'indépendance, si elle la tolérait, et semblait rejeter sur le peuple et sur l'Italie les causes des troubles et des maux de la patrie, au lieu de calmer les passions, les surexcita. « Et le souverain pontife, » ditFarini, « qui, par amour de la paix, avait délibéré de ne point participer à la guerre italienne, sinon autant qu'il croirait pouvoir concilier les parties belligérantes, trouvait dans ses États une guerre plus périlleuse que celle qu'il avait voulu éteindre. »
Le pouvoir restait donc sans force. Le ministère se sentait désarmé. Le Sénat transmettait, de sa pleine autorité, les fonctions de la magistrature à la garde civique. Les cercles donnaient l'impulsion, rédigeaient des programmes, gouvernaient. Les patrouilles de la