CHAPITRE NEUVIKMI
garde civique circulaient, partageant l'émotion pii' blique, et la réirularisaient sans la comprimer.
Ce moment est le plus important de l'histoire moderne de la papauté; c'est celui où Pie IX, après avoir fait, le premier des princes d'Italie, un pas en avant dans la voie des libertés et de l'indépendance de l'Italie, fait, le premier, un pas en arrière. De là, la séparation du pape et du peuple romain dans les aspirations, dans le but; de là, les conséquences fatales dont on n'entrevoit pas encore la fin au moment où nous écrivons.
Une solution précise, d'une haute sagesse et de conciliation, fut alors présentée à Pie IX par le Sénat et le Conseil de Rome après une délibération mûrement réfléchie, dans la séance extraordinaire du 3 mai.
« Nous ne vous demandons pas, » est-il dit dans cette adresse, « à vous, nonce de la paix, de provoquer à la guerre le peuple romain ; nous vous prions seulement de ne pas nous empêcher de pourvoir à la guerre, par l'intermédiaire de ceux à qui vous voudrez confier la direction des affaires temporelles. Nous ne vous demandons pas de faire taire l'inspiration de votre cœur, ni de renoncer à l'horreur que doit avoir un prêtre pour une guerre entre croyants; seulement, veuillez pourvoir à la tranquillité de l'Italie entière et éloigner tout soupçon que votre jugement solennel ait proclamé injuste la guerre des Italiens pour le salut de la patrie commune. Saint-Père, proclamez la justice et le droit de l'Italie entière à revendiquer son indépendance et sa nationalité. Cette parole suffira pour calmer
les esprits et empêcher l'interprétation que l'étranger donnerait à votre manière de voir sur notre cause. Tous, nous vous serons reconnaissants, si, dans la mausuélude de votre cœur et sans suspendre les opérations militaires, vous réussissez, par des conseils pacifiques, à terminer la question, sur la base d'un complet éloignement des Autrichiens, de l'indépendance et de la nationalité de l'Italie. Nous vous serons reconnaissants de présider une diète d'Italiens, pour régler la marche intérieure. Nous bénirons constamment le nom du grand pontife qui aura béni et sauvé la patrie commune. Ces vœux, Saint-Père, vous prouveront que nous n'attendons que de vous seul notre bonheur. Nous implorons, pour nous, pour les milices citoyennes et pour la ville, votre bénédiction apostolique. »
Cette ligne de conduite , loyalement acceptée par le pape et par les cardinaux, eût épargné à l'Italie, à Rome, à l'Église , de grands malheurs. Expression de la pensée des patriciens les plus modérés, cette adresse était signée par MM. Tomasso Corsini, Marc-Antonio Borghese, Filippo-Antonio Doria , Clémente Laval, Délia Fargua, Carlo Armellino, Yincenzo Colonna, Francesco Sturbinetti, Antonio Bianchioni, Ottavio Scaramuchi.
Le langage du peuple, plus rude et plus sévère, exprimait les mêmes vœux. Quinze cents personnes, députées par tous les cercles au Casino des négociants et protégées par la garde civique armée, adoptaient, sous la présidence du professeur Francesco Oiioli , une adresse ainsi conçue : « Le peuple romain, qui se fait un devoir de respecter la conscience très-timorée du Saint-Père, et qui, d'un autre côté, ne veut pas de