CHAPITRE NEUVIÈME. 28;i
rien moins que l'influence du cardinal Amat, celle du sénateur Zucchini, l'arrivée de Farini, annonçant sa mission auprès de Charles-Albert, et la nomination du nouveau ministère, pour empocher l'explosion de la colère publique.
Farini n'hésita pas à faire connaître à Pie IX, par une dépêche du 5 mai, la vérité tout entière sur ce qui
se passait dans la Romagne : « Je ne veux pas
taire à Votre Sainteté qu'il reste un doute dans les esprits, d'autant plus dangereux que c'est le doute que la cause italienne ne soit pas vigoureusement aidée par le gouvernement de Votre Sainteté. Avec un ministère qui inspire confiance, aide ou laisse aider la guerre, l'ordre se maintiendra. Dans le cas contraire, tout est possible; et même il est très-probable qu'on tente ici d'établir un gouvernement provisoire au nom de Votre Sainteté, avec la pensée de faire cette guerre que Votre Sainteté a déclaré ne pas vouloir faire. L'exemple de Bologne serait probablement suivi par la Romagne entière. »
Cette lettre d'un délégué du Pape, appréciateur modéré des circonstances, possédant un sens sur, un cœur droit, s'exprimant avec une franchise digne et hardie, indique nettement la situation et prouve que Pie IX ne pouvait ignorer rien de ce qui se déroulait autour de lui, loin de lui, et des tristes etiets de son allocution.
Toute l'Italie en avait été profondément affectée. En Lombardie, en Vénétie, au camp de Charles-Albert,
dans les armées, ce fut une douleur, une indignation, un cri de fureur. L'effet produit sur les volontaires romains eut des suites désastreuses. La commotion fut d'autant pliis forte que l'exaltation pour le saint-père avait été plus vive. Plus haut avait été élevé le nom de Pie IX, plus rapide fut la chute ! Les Croisés, (pii portaient son image sur leur cœur et la croix sur la poitrine, se sentirent atteints dans leur foi et dans leur espérance. Ce fut pour eux un sinistre présage et un premier revers. Ceux-là qui rêvaient l'unité de l'Italie sous un seul roi, et ceux qui la désiraient sous une république , furent les seuls qui virent sans regret l'affaiblissement de Pie IX et l'évanouissement de son prestige.
Pie IX avait .commis une grande faute, en enlevant ce prestige à son autorité. C'était une force immense à conserver pour son œuvre de médiation. Effacer des cœurs italiens les sentiments de reconnaissance et d'affection, c'était agir contre le but même qu'il voulait atteindre.
Et lorsqu'il tenta plus fard cette mission , qui relevait de l'essence même de son caractère sacré , de la douceur de son esprit, de sa position de chef du catholicisme, il avait perdu toute puissance sur les Italiens et sur les Autrichiens, qui, les uns et les autres , pouvaient l'accuser de versatilité. Il essaya pourtant; et à cet effet , le 1 2 mai , il fit transmettre, par le cardinal Antonelli , des instructions explicatives et atténuantes à Farini, en lui donnant communication d'une missive adressée, le 3 , à l'empereur d'Autriche, et dont il le chargeait de remettre copie à Charles-Albert, avec une lettre pour ce roi.