‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 110 sur 209 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

La missive du Pape à l'empereur était ainsi conçue :

(( Majesté ,

» Ce fut toujours une coutume que de ce saint-siége on prononçât une parole de paix au milieu des guerres qui ensanglantaient le sol chrétien. Aussi, .dans l'allocution du 29 avril écoulé , tout en disant que notre cœur paternel répugne à faire une déclaration de guerre, nous avions expressément annoncé notre ardent désir de contribuer à la paix. Qu'il ne soit donc pas désagréable à Votre Majesté que nous invoquions sa piété et sa religion , en l'exhortant , avec une paternelle atfection, à faire cesser une guerre qui, sans pouvoir reconquérir à l'empire les esprits des Lombards et des Vénètes, traîne avec elle la funeste série de calamités qui l'accompagnent ordinairement, et qui sont certainement par Sa Majesté abhorrées, détestées.

)) Qu'il ne soit pas désagréable à la généreuse nation allemande que nous l'invitions à déposer toute haine, et à convertir en relations utiles d'amical voisinage une domination qui ne serait ni noble ni heureuse, si elle s'appuyait uniquement sur le fer.

» Aussi nous avons la confiance que la nation , honnêtement fière de sa propre nationalité, ne mettra pas son honneur à de sanglantes tentatives contre la nation italienne, mais le mettra plutôt à la reconnaître noblement pour sœur, puisque toutes deux sont nos filles très-chères à notre cœur , se contentant chacune d'ha-^ biter dans ses frontières naturelles avec des traités honorables et avec la bénédiction du Seigneur.

» Nous prions instamment le distributeur de toutes lumières et l'auteur de tous biens qu'il inspire à Sa Ma-

jesté de saints conseils, tandis que, du plus profond de notre cœur, nous donnons à elle, à Sa Majesté l'impératrice et à l'impériale famille la bénédiction apostolique. » Cette invocation était digne. jMais pouvait-elle exercer quelque influence sur l'empereur d'Autriche, et atténuer en Italie la sensation produite par l'allocution? (( Charles- Albert, » dit Farini , « répondit à la lel^tre que je lui remis, mais il ne fit pas signe d'avoir confiance en la politique que le pontife voulait suivi'C. L'opinion publique ne favorisait pas l'idée d'une médiation pontificale. »

Aucun tableau n'est nuancé de couleurs plus vives, d'incidents plus variés, de mouvements plus rapides, de combats dans les cités plus éclatants, de traits de courage plus sublimes., de défaites plus retentissantes, de triomphes plus enivrants, de joies, de cris d'enthousiasme des peuples plus délirants, d'hésitations des princes plus inquiètes, de démarches de la diplomatie plus actives, d'intrigues plus mystérieuses, de regrets plus amers, d'élévations et de chutes plus surprenantes, d'espérances plus intenses, d'illusions plus complètes, que l'histoire des révolutions d'Italie depuis le 24 février 1848, jour où la République française fut acclamée à Paris , jusqu'au 5 mai 1 848 , jour où le Gouvernement provisoire de cette République déposa ses pouvoirs dans le sein de l'Assemblée constituante.

Les révolutions d'Italie prennent alors un essor que rien ne ])eut contenir. Venise s'affranchit, renaît, proclame la République; IMilan bj'ise le cercle de fer et de

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