CHAPITRE DIXIÈME
vengeance; les Italiens, tardivement accourus, mais ardents de patriotisme. Tandis que Nugent occupait, le 3 mai, la rive gauche de la Piave, son quartier général à Conegliano, et que Welden parcourait les vallées supérieures, Durando plaçait La Marmora avec 3 000 volontaires vénètes à Speziano, en avant de Trévise, pour garder le bas fleuve, et se transportait, avec 7 OOO hommes, à Montebelluno, pour être en position de remonter ou de descendre la Piave et de soutenir les points menacés.
Nugent appuya sur sa droite, et, le o, enleva Bellune, qui céda devant des forces supérieures. Feltre, le 7, se rendit , sans résistance , à l'avant-garde autrichienne commandée par Culoz. La veille, la colonne Ferrari, forte de 10 000 hommes et de dix. pièces de canon, était rassemblée à Trévise. Durando lui ordonna de se porter à Montebelluno, qu'il quittait le 7, pour s'avancer sur Feltre. Apprenant le sort de cette ville, il ne jugea pas opportun d'y attaquer l'ennemi; et, le voyant maître des cours supérieurs de la Piave , il se rejeta sur Primolano, pour défendre le passage de la Brenta.
Durando se trouvait en ce moment, par la jonction de la colonne Ferrari , à la tète de 20 000 hommes , dont 7 000 de troupes régulières, 13 000 gardes civiques et volontaires. Il garda sous ses ordres directs i 500 hommes de troupes de ligne, en céda°2 oOO à Ferrari, qui réclamait contre une séparation absolue des forces régulières et des volontaires, et qui la regardait comme un affaiblissement.
Durando, dont le but était d'empêcher la jonction de Xugent avecRadetzki, échelonna son corps d'armée
i?ur la Brenta et sur la Piave inférieure. Il laissa à Priluolano le colonel Casa-Nova avec 1 500 hommes, se rendit avec 3 000 à Bassano, et chargea Ferrari de garder les passages de Poderoba et de la Piave inférieure. Ferrari posta le général Giudotti, avec 2 500 hommes, au pont de la Priula.
Le 8, Nugent, en ligne à Conegliano, poussa son avant-garde vers le pont de la Priula, et versCornuda, où il y eut , le soir même, quelques coups de fuSil échan' gés par les avant-postes.
Ferrari prévint Durando de la gravité de la circonstance, le laissant juge et maître de ses résolutions, et se porta avec 3 000 hommes surCornuda, le })oint menacé. En etTet, dans la matinée du 9, à cinq heures, une brigade autrichienne attaque vigoureusement les forces romaines. Les volontaires, qui reçoivent le bap tême du feu, résistent avec une bravoure admirable; ils soutiennent pendant dix heures, sans faiblir, le choc terrible de l'ennemi. Durando était attendu à chaque minute, et les Italiens, comptant sur son concours, comptaient sur la victoire. Mais le secours n'arrive pas; Fennemi au contraire est renforcé d'une seconde brigade. Les Italiens, à trois heures de l'après-midi, sont réduits à opérer leur retraite sur Montebelluno.
Durando avait eu le matin, à quatre heures, Tavis de Ferrari. Hésitant jusqu'à neuf heures, il s'était enfin mis en route, mais sur le point d'arriver, il reçut un exprès du colonel Casa-Nova (]ui se croyait aussi menacé, revint sur ses pas et reprit position à Bassano.
Les conséquences de ce contre-temps furent funestes! L'inaction de Durando suscita des plaintes d'autant plus vives, (pie là où l'on espéj-ait le succès on avait subi
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un échec; après les plaintes, les nmrniures éclatèrent. I.e courage l'emportait! crient les plus exaltés; le général a fait défaut, à lui seul doit être imputé ce déplorable revers, il y a de sa part incapacité ou abandon ! A ces accusations succèdent des transports de colère : niétiance chez les uns, eilroi chez les autres. Le trouble s'ein|jare des esprits, les imaginations s'irritent jusqu'à la fureur, la discorde lègne. Vainement Ferrari veut maintenir ses troupes à Montebelluno; il est entrahié par la foule indisciplinée jusqu'à Trévise. Giudotti est également forcé de s'éloigner du pont de la Priula.
A ce moment, l'allocution papale du 29 avril se répand, et assombrit le tableau déjà si sombre. Les gardes civiques, les volontaires se voient reniés, abandonnés, se livrent au désespoir, et ne rêvent plus que trahison. Le hasard fait tomber, au milieu de cette panique et de ces spasmes furieux, un des plus cruels directeurs de la police de Modène, conduit à Trévise avec deux individus soupçonnés d'espionnage et saisis dans les environs. Toutes les haines, toutes les vengeances se concentrent sur eux. Jetés dans ce tourbillon terrible, ils ne peuvent fuir. Le sang coule; et l'horreur d'une scène épouvantable vient s'ajouter au désastre.
Nugent, maître de la Piave, s'avança sur Trévise, et, le II, somma la ville de se rendre. Ferrari, impatient de réparer le mal et de prendre sa revanche, sort au-devant de l'ennemi avec les volontaires, les troupes de ligne et l'artillerie. Déjà l'avant -garde a chassé quelques détachements autrichiens et fait des prison-
nieis, lorsqu'une batterie ennemie se découvre et commence à foudroyer les forces romaines. Ferrari et ses officiers veulent en vain les entraîner sur les canons pour les enlever. Une panique les saisit; le cri de trahison ! &é\e\e; et la fuite s'effectue avec une telle rumeur et soulève des nuages de poussière tels, que les Autrichiens eux-mêmes, croyant à l'arrivée de forces supérieures, reculent un instant etTrayés. Le malheureux Ferrari, n'exerçant plus d'empire sur cette foule démoralisée, laisse, le 12, ses troupes d'élite, environ 4 000 hommes, dans Trévise, et se retire sur Mestre et Venise avec les débris des légions romaines et des volontaires.
Trévise, résolue à se défendre, repoussa noblement la sommation de Nugent. Le duc Lante Montefeltro fut chargé du commandement de la place. La légion formée à Paris, complétée à Milan, sous les ordres du général Antonini, nommé, dès son arrivée à Venise, commandant supérieur de cette cité et de ses forteresses, accourut à Trévise. Des sorties heureuses, où se déploya le courage des Italiens venus de France et de Milan, et des Romains qui avaient voulu rester, ranimèrent les esprits. Giudotli, froissé dans son honneur par des reproches adressés à sa retraite de la Priula, combattit en soldat et mourut en héros.
Nugent resta devant la place jusqu'au 17, battant l'estrade, ravageant les environs, jetant l'épouvante, concentrant ou éparpillant ses troupes, cherchant enfin par tous les moyens à attirer Durando, qui, après la défaite de Cornuda , avait campé à Piazzola sur la Brenta, à l'abri du fleuve, coupant ainsi aux Autrichiens les passages de Fontaniva et de Padova , les seuls par