CHAPITRE DIX II- .ME
grouper, ou du moins de ne pas les avoir concentrées à propos. Ferrari ne sut pas ou ne put pas maîtriser ses volontaires. Ne pas pouvoir ou ne pas savoir est une faute à la guerre! Quant aux volontaires (jui désertèrent en face de l'ennemi, il n'est point pour ceux-là de justification.
Vicence, à vingt-cinq milles de Vérone, sur la grande voie de Milan, est le centre de trois routes principales qui conduisent, par la vallée de la Brenta au cours supérieur de l'Adige, par Trévise au Frioul, et par Padoue à Venise et à Rovigo. Vicence n'est qu'une ville ouverte, mais sa situation lui donnait une telle importance que les Autrichiens pour s'en emparer, les Italiens pour la défendre, devaient tenter de rudes efforts. Des barricades improvisées en étaient les seules fortifications; mais derrière ces barricades étaient debout trente mille citoyens avec un courage puissant, une résolution inébranlable. Le 20 mai, Durando n'avait pu encore y envoyer qu'une avant-garde sous les ordres de Gallieno. Ce jour- là, vers deux heures, cinq à six mille Autrichiens signalcîit leur approche par l'incendie de quelques maisons. Leur attaque furieuse sur trois points, Santa-Lucia, Porta -Padova et Porta-San- Bartolo, rencontre une défense plus énergique. Quatre heures d'un feu soutenu ne peuvent ébranler la bravoure des assiégés. Les habitants, la garde civique romaine, les volontaires, rivalisent d'élan et d'audace. Le coup de main de l'ennemi échoue devant cette résistance héroïque. \.e général autrichien établit son
camp près de la ville , à l'Ornio, sur la route de Vérone, et se borne à faire passer son convoi de bestiaux, de vivres, de munitions, de bagages.
Le 2 1 au matin , Manin , Tonunaseo et le général Antonini , avec mille hommes déterminés, se sont élancés sur la voie du chemin de fer et arrivent à Vicence , presque en même temps que les troupes de Durando. Antonini, impatient de déloger l'ennemi, fait, dès l'après-midi, une sortie vigoureuse. Il n'en résulte qu'une j)erte compensée. Le général marque de son sang ce combat; une blessure au bras droit nécessite une amputation immédiate. Le comité provisoire de Vicence , présidé par Fogazzaro, a noblement fait son devoir. Manin et Tommaseo ont inspiré cette foi que donne toujours la présence des chefs dans le péril.
Les Autrichiens parurent s'éloigner le 22. Radetzki, qui s'était avancé au-devant du corps d'armée après s'être assuré de l'arrivée du convoi qu'il désirait si ardemment, exprima ses regrets que le coup de main sur Vicence n'eût pas réussi, et donna l'ordre au général La Tour-et-Taxis de retourner à l'attaque avec 18 000 hommes et 40 pièces de canon.
Durando n'avait que 10 000 hommes; mais, secondé par son adjudant-major, le marquis d'Azeglio, il avait eu le temps, dans la journée du 22 , de prendre ses dispositions et d'organiser ses forces avec autant d'intelligence que de promptitude. Il avait soif de réparer des fautes qu'il croyait n'avoir pas commises et qu'il rejetait sur les hasards de la guerre. Les légions romaines, les troupes régulières, les Suisses, les Vénètes, les Italiens venus de Paris, les Vicentins, tous étaient mus par une noble émulation. Les femmes, les vieil-
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lards, les enfants mêmes, semblaient animés d'une vive ardeur.
Le soir, la ville illuminée paraissait respirer l'air d'une fête plutôt que l'air ensanp;lanté des batailles.
Tout à coup, dans la nuit du 23, vers onze heures, ■ l'attaque des Autrichiens se déploie avec impétuosité à San-Agostino, Sau-Felice et Porta-San-Bartolomeo, le ijros de l'armée se tenant sur la grande route do Vérone. Ils enlè\ent la première barricade du coté de Vérone, et occupent la caserne San-Felice, malgré une résistance désespérée. Mais ils ne peuvent pénétrer plus loin. Sur plusieurs points à la fois, ils livrent l'assaut; partout ils sont repoussés, laissant partout le sol couvert de morts et de blessés. Les bombes, les fusées, les boulets vomis par les bouches à feu, pleuvent sur la ville; et la lueur de l'incendie éclaire ce spectacle terrible. Les habitants courent éteindre les flammes et bravent les l)oulets. Toute la nuit, jusqu'à neuf heures du matin, le combat se soutient des deux côtés avec une égale énergie. Mais les Italiens ont fait des prodiges de valeur. Les Autrichiens, désespérant de s'emparer d'une ville aussi vaillamment défendue, abandonnent l'attaque après des pertes considérables, et se retirent le soir sur Montebello. Couverts du sang ennemi, glorieux de leur succès, ivres de joie, les Italiens célébrèrent une victoire qui grandissait la patrie.
Radetzki , après le combat de Pastrengo , avait été resserré dans un cercle de plus en plus étroit. Les Autrichiens s'étaient retranchés devant Vérone dans les
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villages de Chievo, Crocebianca, San-Massimo, Santa- I.iicia et Tomba. Les Piéinontais avaient occupé toutes les crêtes des collines depuis Pastrengo jusqu'à Cuslosa. Le IC de ligne napolitain était à Goïto; et les Toscans, à Montanara et à Ciirtatone, observaient Manloue.
Charles-Albert, après avoir délibéré avec ses généraux, avait résolu de contraindre l'ennemi à une bataille. Le G mai, les Piémontais, divisés en trois brigades et en brigade de réserve, descendent des hauteurs dans la plaine, et s'avancent sur Santa-Lucia, San-Massinio et Crocebianca. Devant eux se dressent mille obstacles, des ouvrages de fortification de toutes sortes. Ils attaquent avec une rare intrépidité ces positions retranchées et vaillamment défendues par les Autrichiens. Après une lutte acharnée, ils parviennent à s'emparer de Santa-Lucia. Mais la marche des brigades avait été irrégulière, et « les ailes du corps d'armée, qui devaient coopérer à l'enlèvement des positions avancées en les prenant de flanc, n'ayant pu îuiiver à temps, il en était résulté un nombre proporlionnellemenl plus considérable de morts et de blessés piémontais ».
Les Autrichiens se retirèrent soris la protection des murs de Vérone; Le maréchal, (jui ne xoulait pas accepter la bataille ^'vant l'arrivée de Nugent, se maintint sur la défensive. San-Massimo et Crocebianca n'ayant pas été enlevés par les Italiens, Charles-Albert se trouva dans le plus grand eii/barras à Santa-Lucia. Il ne pouvait se tenir dans cette position conquise par tant de sacrifices. <( Che facciamo (que faisons-nous) ? » demanda-t-il à ses généraux; il n'y avait pas de réponse possible. L'armée piémonlaise à son (oui- dut songer à la
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retraite. Mais Charles-Albert ne voulut pas l'effectuer sans avoir recueilli tous les blessés. Alors on retourne aux anciennes positions, lentement, bravement. L'ennemi, qui avait occupé de nouveau Santa-Lucia, cherche à rompre cette manœuvre ; soudain le duc de Savoie, à la tête de la brigade Cuneo, s'élance sur les Autrichiens, les chasse une fois encore de Santa-Lucia, les refoule sous Vérone plus loin qu'à la première attaque. Ce brillant fait d'armes permit à l'armée italienne de se retirer sans être inquiétée.
Les Autrichiens avaient déployé autant de bravoure (jue les Piémontais. Des deux côtés il y eut des pertes sensibles. Charles-Albert, aussi courageux soldat que faible capitaine, n'avait cessé de s'exposer aux postes les plus périlleux. îl rétablit son quartier général à Somma-Campana. Dans ce combat, sans résultat décisif, suivant les uns, le roi et ses généraux méritaient le blâme d'avoir, sans plan bien arrêté, versé un sang inutile; suivant les autres, le roi avait bien fait d'essayer ses jeunes troupes, de les enhardir, de les accoutumer à l'ennemi, et de prouver la supériorité des Piémontais sur les Autrichiens , qui n'avaient pas osé lutter en rase campagne.
Quoi qu'il en fût, revers ou succès, il n'en résultait pas moins que Radetzki avait refusé le combat, qu'il laissait Peschiera investie et pressée de plus en plus, sans pouvoir faire aucune tentative pour la délivrer.
Mais l'arrivée du corps d'armée de Nugent avec des munitions, les bataillons descendant du Tyrol rassemblés par les soins de l'archiduc Jean, changeaient complètement la face des choses. L'ai'UK'e de Radetzki, jusque-là inférieure en nombre , se trouvait élevée au YI. 20
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chiffre de l'armée de Charles-Albert. Les forces étaient
égales.
Le roi de Sardaigne put apercevoir alors les conséquences de sa mauvaise politique ou de sa fausse tactiqiie. Il devenait clair, aux yeux de tous, que l'ordre donné plus tôt à Duraudo, et quelques milliers de bonnes troupes jetés à temps dans le Frioul, soutenant par leur discipline l'ardeur des volontaires , eussent sufii pour empêcher l'invasion de la Vénétie et l'arrivée des renforts. « Maintes fois, » dit Farini, « Durando avait réclamé des secours à Charles-Albert, lui déclarant avec fermeté que sans cela il ne ferait que retarder la jonction de Nugent avec Radelzki, mais qu'il ne pouvait ni le vaincre ni défendre Vicence et les villes environnantes. Les généraux piémontais ne croyaient pas que sans un grave péril on pût affaiblir l'armée pour secourir Durando et la Vénétie; et, malgré la vivacité des demandes et le noble désir exprimé par le duc de Savoie de s'y rendre lui-même, les Romains restèrent seuls à la défense de la Vénétie. » Farini ajoute encore : « Après que Nugent fut réuni à Ra^ detzki, le péril de ces abandonnés fut si manifeste et tant de fois signifié par Durando, que le roi, à mon instance, avait pourvu à ce ([ue les Romains se rendissent sur le Mincio et sur le Pô, à la droite de l'armée piémontaise; mais les cités vénètes se plaignaient hautement de cette menace d'abandon. Beaucoup mêlaient leurs lamentations à celles de certains Lombards et à des calomnies de toute sorte, répandant le bruit que le roi Charles-Albert, Durando, Azeglio, voulaient laisser