‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 120 sur 209 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

ordres sans contre-seing de ministre, et maintenait cette situation anticonstitutionnelle malgré les observations de Saliceti. Du reste il avait, de longue date, par nécessité et pargoùt, consacré ses soins, ses trésors, à l'instruction et au bien-être de l'armée. Les généraux, les officiers, les soldats, tenaient tout de lui, position, avenir, fortune. Il pouvait compter sur leur concours; l'intérêt commun les liait , plus encore que la reconnaissance.

Pepe avait perdu un mois en luttes incessantes pour obtenir l'expédition des troupes. Le i mai seulement il parvenait à quitter Naples. Il eût désiré le débarquement de l'armée à Venise ; le roi s'y était opposé. La marche des troupes à travers les États romains était lente. Les officiers semblaient avoir des instructions secrètes pour ne point se hâter. Le roi dissimulait à peine sa répugnance ; il la colorait cependant de certaines apparences, et tandis qu'un jour il se laissait aller à dire au conseil que la guerre de l'Italie contre l'Autriche était injuste, il envoyait auprès de Charles- Albert un délégué , Pietro Leopardi , homme honnête et libéral, pour négocier une alliance offensive et défensive, « afin que, par l'union des deux plus puissantes et plus nombreuses armées italiennes, la victoire devînt plus rapide et plus sûre ». Simultanément il faisait reprocher au colonel du lU'" de ligne d'avoir passé le Pô, concédait au ministère l'envoi de la flotte à Venise, et transmettait à l'amiral de Cosa un pli qu'il ne devait ouvrir qu'en mer, et dans lequel il lui était recommandé de ne pas attaquer la flotte autrichienne.

Enfin, les instructions remises à Pepe étaient ainsi conçues :

« Je dois prier Votre Excellence, en ce qui touche la conduite de l'armée si dignement confiée à Votre Excellence, de se borner à la réunir sur la rive droite du Pô, et d'attendre là les instructions du gouvernement sur la part active qu'elle devra prendre dans la guerre engagée pour délivrer l'Italie de l'étranger. — Les dispositions ont été prises pour que, sans aucun retard, une convention soit arrêtée entre les princes italiens, laquelle déterminera la part que notre armée devra prendre dans la lutte.

» Le ministre de la guerre et de la marine :

RaFAELLE DEL GlUDICE. ))

Et comme le roi de Piémont se refusait à toute ligue italienne, il fallait que Pepe se maintînt en deçà du Pô, ou qu'il prit sur sa responsabilité d'outre-passer ses pouvoirs lorsqu'il voudrait se rendre en Vénétie; ce que, dans son patriotisme, le général avait certes l'intention de faire ; mais le roi avait placé auprès de lui le général Statella et d'autres officiers supérieurs, dont l'obéissance lui était assurée.

Cette duplicité du roi était d'autant plus funeste, qu'elle était connue de l'armée, de Naples, de tout le royaume. De là, des défiances et des accusations; dans les cercles, des conversations passionnées; dans les conciliabules, des projets; à la cour, (Jes intrigues, des préparatifs secrets, des mots d'ordre donnés aux chefs militaires, aux commandants des forts, aux colonels des régiments suisses. Le ministère, libéral, mais placé entre les exigences de la ville et les résistances du pa-

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