CHAPITRE DIXIÈME
lais, affaibli dans la confiance publique par cela même qu'il siégeait dans les conseils du roi, sans influence sur le roi à qui il avait été imposé par les événements, attaqué par les ministres tombés, décrié par les aspirants au pouvoir, entouré de solliciteurs mécontents dont le nombre était immense, le ministère était sans force, et cependant il vivait, parce qu'il était un intermédiaire indispensable entre la nation et le monarque.
XIIT
Tel était l'état des esprits et des choses dans le royaume de Naples, lorsque les députés élus arrivèrent des provinces pour la convocation des Chambres , dont l'ouverture était fixée au 1 5 mai.
Le 13, d'après le statut constitutionnel et le manifeste du 3 avril, les listes de présentation par les collèges électoraux ayant été consultées, les noms de cinquante pairs furent publiés dans un décret. Le même jour, le programme de la cérémonie qui devait inaugurer les travaux: parlementaires dans l'église Saint- Laurent fut aftiché. L'article 12 disait : « La messe terminée, le roi se lèvera, et, tenant sur le livre du saint Évangile la main droite, il renouvellera, en présence des Chambres réunies , en nombre légal , le serment déjà donné pour l'observation du statut constitutionnel. Dans le moment oii Sa Majesté se lèvera, les pairs, les députés et les autces assistants à la cérémonie se lèveront de même. Le ministre de grâce et de justice recevra le serment de Sa Majesté, et en dressera un procès-verbal qui se conservera dans les archives de la secrétairerie d'État. —Article 13. Immédiatement
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après, les pairs et les députés prêteront le serment. A cet effet, après que ledit ministre aura lu la fonriule , les secrétaires portant , dans le circuit, le livre du saint Évangile aux députés à leur place, chacun d'eux imposant la main droite dira : Je le jure ! »
Ce programme ne portait la signature d'aucun ministre. Son apparition fut accueillie par les critiques et les murmures d'un certain nombre de députés. Pourquoi avait-on omis, dans le serment, le manifeste du 3 avril, et surtout la clause ainsi conçue : « Article 5. Dès que le Parlement sera ouvert, les deux (lliambres, d'accord avec le roi, auront la faculté de reviser le statut, surtout en ce qui concerne la Chambre des pairs. » Cette omission n'était-elle pas intentionnelle ? Ne voulait-on pas revenir sur cet engagement ? La forme absolue du serment n'emportait-elle pas la violation de ces droits consentis? N'était-ce pas retirer au Parlement le pouvoir constituant? Une fois liés par ce serment, les députés ne pourraient plus ni modifier ni fonder î
D'autres allaient plus loin. Pourquoi un serment, un serment quelconque , à une constitution qu'on avait le droit non-seulement de corriger, mais même d'annuler? Quelle contradiction! N'était-ce pas porter atteinte à la souveraineté de la nation ? Quelques-uns reprochaient aux ministres l'absence de leur signature, et les accusaient d'avoir soulevé intempestivement cette question épineuse. La défiance et le mécontentement en augmentaient.
Beaucoup jugeaient la prestation de serment d'un point de vue entièrement opposé. A leurs yeux, s'y arrêter un seul instant était une puérilité ! On créait des embarras sans motifs sérieux. Prêter serment au sta-
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tut constitutionnel n'était nullement supprimer le manifeste du 3 avril. Ne l'avait-on pas cité d'ailleurs dans le décret de nomination des pairs, signé par le roi? Le droit était acquis : le passer sous silence n'était pas le nier. Et si par hasard c'était un piéi^e, pourquoi y tomber? Ceux qui croiraient engager leur conscience n'auraient qu'à s'abstenir ; les autres prêteraient seuls le serment. On s'expliquerait ensuite. Mais, au début, faire naître des divisions, c'était inaugurer sinistrement le régime parlementaire !
Ces arguments étaient émis de part et d'autre avec passion dans les réunions, et soulevaient d'orageuses discussions. Le 14, les députés, rassemblés au palais de Monte-Oliveto en séance préparatoire , choisirent pour président d'âge le vénérable archidiacre Luca de San Calle Cagnazzi, savant économiste, et pour viceprésident Yincenzo Lanza, célèbre professeur et médecin distingué.
Les débats se renouvelèrent })lus vifs. Le programme, le serment, l'église, le lieu de la cérémonie, tout fut soumis à des critiques acerbes ; le serment surtout fut longuement contesté et enfin repoussé. On négocia avec les ministres pour changer la formule; les ministres négocièrent avec le roi. Des députations allaient de la Chambre au ministère, du ministère au palais. Les députés insistaient; le roi résistait. Cette résistance enracinait les soupçons. De là des réclamations plus pressantes. Le roi temporisait, répondait par des formules équivoques. Les députés les repoussaient avec irritation .