VI
La nouvelle de cette déplorable scission se répand. La ville, depuis longtemps mécontente et défiante, est alarmée, soulevée. Les colères sourdes, amassées dans les cœurs, sont prêtes à éclater. Ici, il ne s'agit pas seulement de la question du serment ; le mauvais vouloir du roi ne paraît plus douteux : il faut enfin exiger de lui des garanties sérieuses; s'il ne cède pas volontairement, il faut le contraindre; le Corps législatif doit se déclarer constituant; les Suisses doivent être licenciés; et les forts et les postes consignés à la garde nationale. La nuit venue, un commencement de barricades , rue de Tolède , vient donner aux faits la sombre couleur d'une bataille. Les débats, tombés dans les rues de Naples, se transforment en pavés et en armes. Ces barricades, selon les uns, sont élevées par les agents provocateurs d'un monarque qui s'est préparé de longue main et rêve un coup d'État ; il fait descendre sur la place publique la provocation préméditée du serment. Il faut se garder de tomber dans cette embûche grossière. Selon les autres, du haut du balcon du palais de la cité , quelc{ues chefs populaires donnent l'impulsion ; on les désigne, on a confiance en eux; il faut les suivre. Le sort des combats doit prononcer. Les gardes nationaux arrivent de tous côtés, forment des groupes. Les barricades se multiplient.
Les députés apprennent avec regret ces préludes de lutte. Quelques-uns se demandent s'ils n'ont pas été trop loin et s'ils pensaient marcher vers d'aussi terribles extrémités. Les ministres, inquiets, accourent et sup-